La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon / 2026 - Entretien / Tiago Rodrigues et Aurélie Charon

Pour Tiago Rodrigues et Aurélie Charon, le théâtre est un art qui interroge la communauté humaine

Pour Tiago Rodrigues et Aurélie Charon, le théâtre est un art qui interroge la communauté humaine - Critique sortie Avignon / 2026 Avignon Festival d’Avignon. Cour d’honneur du Palais des papes
© Christophe Raynaud de Lage Tiago Rodrigues © Mathieu Zazzo Aurélie Charon

Publié le 3 juin 2026 - N° 345

Directeur du Festival d’Avignon depuis 2022, Tiago Rodrigues célèbre le théâtre comme espace de découvertes et lieu du débat. À l’issue du festival est programmée L’aube des questions, temps singulier organisé par Aurélie Charon, journaliste et créatrice du projet Radio Live, et Patrick Boucheron, historien et enseignant.

En quoi le Festival d’Avignon est-il encore une utopie culturelle ? 

Tiago Rodrigues : Chaque année, nous essayons d’interpréter les piliers fondamentaux de la mission du festival, à partir de la partition historique composée par Jean Vilar. Le festival accompagne les artistes dans la création de leurs spectacles, en cherchant des moyens de production pour qu’ils puissent traduire en spectacles leurs idées et leurs questionnements. C’est aussi un festival décentralisé, devenu au fil du temps une nouvelle centralité, puisqu’en juillet, Avignon devient la capitale mondiale du théâtre. Nous héritons de cette formidable réussite, que nous prolongeons par un travail de décentralisation de proximité grâce aux spectacles itinérants en périphérie d’Avignon. La démocratisation de l’accès à la culture, l’organisation de la rencontre entre le public et les artistes, constituent le troisième pilier, travaillé toute l’année à travers une permanence artistique sur le territoire. Nous sommes ravis de pouvoir afficher d’excellents chiffres de fréquentation – 99% l’an dernier –, avec des salles pleines, mais aussi avec une diversification du public, dont de nombreuses premières venues – au total environ 15% de notre public, dont plus de 9000 jeunes  à travers le projet première fois. Le festival est une utopie palpable, concrète, certes éphémère, mais qui s’affirme comme porte d’entrée dans le rapport avec l’art. À travers la poésie du théâtre, nous sommes tous et toutes reliés par notre capacité à questionner le monde. C’est pourquoi nous avons voulu à la fin de la programmation proposer un moment intitulé L’aube des questions, organisé avec Aurélie Charon et Patrick Boucheron, comme une synthèse de cette édition.

« Le festival est une utopie palpable, concrète. »

Qu’est-ce qu’une bonne question ? Peut-on éviter le risque d’une  réponse déguisée en question ? 

Aurélie Charon : Une bonne question ne peut avoir de réponse toute faite. Lors de nos premières rencontres, Patrick Boucheron nous a suggéré de nous intéresser vraiment, à l’intérieur même des questions, à la possibilité de réfléchir à des réponses. Cette idée nous a guidés, pour que cette aube des questions soit comme le début d’une histoire plutôt qu’une fin. J’ai l’impression qu’une bonne question, c’est une question qui ouvre la réflexion, qui ne se satisfait pas d’elle-même. Pour ce moment de rassemblement, auquel participent l’Orchestre national d’Avignon-Provence et les jeunes comédiens des talents Adami, nous avons convié des artistes, mais aussi des personnalités de la société civile, des chercheurs, des intellectuels, des scientifiques, des activistes, en essayant d’élargir nos cercles respectifs. Nombre des questions qui nous agitent aujourd’hui vont être présentes sur scène : des questions écologiques, politiques, économiques… Celle aussi de la langue, de son pouvoir, de la façon dont le sens des mots est parfois dévoyé. Ces questions prendront des formes très différentes, très libres. Certains peuvent envoyer des textes, d’autres écrire une chanson, ou même danser leurs questions, alors que le soleil se lève.

Le festival est-il un lieu de débat démocratique ?

T.R. : C’est l’une des marques fondamentales du Festival d’Avignon, un endroit de débat passionnant, parfois passionné, où le dissensus est toujours fertile. Nous vivons dans une société où les désaccords paraissent irréconciliables, où nous serions condamnés à être pour ou contre, ce qui provoque la fragmentation, la division, la polarisation de la société et de l’opinion publique. À Avignon, nous pouvons nous rassembler sans nous ressembler, nous pouvons dialoguer à partir de nos désaccords et de nos différences. Nous y sommes en démocratie, riche d’une grande diversité de rapports au monde.

Avec cette année le coréen comme langue invitée…

T.R. : Neuf spectacles ainsi qu’une programmation connexe rendent visible un paysage des arts vivants que nous méconnaissons, car la culture coréenne rayonne surtout par son cinéma, sa littérature, la K-pop ou le K-drama. D’une grande créativité, les arts vivants coréens relie tradition et innovation d’une manière harmonieuse, sans rupture. Ils problématisent aussi des enjeux sociaux et géopolitiques, au sein d’une péninsule divisée. Le lointain s’invite à Avignon…

 

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

L’aube des questions
du dimanche 26 juillet 2026 au dimanche 26 juillet 2026
Festival d’Avignon. Cour d’honneur du Palais des papes
Place du Palais, 84000 Avignon

à 5h. Tél : 04 90 14 14 14. Durée : 2h.

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