Julien Joubert revisite avec brio l’histoire de la musique dans « Une histoire de la musique en 70 minutes »
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Aux côtés de The History of Korean Western Theater et Haribo Kimchi, l’artiste coréen Jaha Koo présente Cuckoo (2017), une performance théâtrale originale où s’entrelacent sa propre histoire et celle d’une Corée plongée dans une crise économique majeure. Mêlant humour, ironie et gravité, Cuckoo déploie un théâtre politique à la fois émouvant et percutant, où les cuiseurs à riz prennent la parole comme de vrais comédiens.
Les spectacles coréens programmés cette année au Festival d’Avignon présentent diverses voix artistiques, éclairent aussi une culture, une histoire, un regard sur le monde méconnus en Europe. Tel par exemple Island Story par le metteur en scène et comédien sud-coréen Kyung-Sung Lee, qui revient sur les massacres de l’île de Jeju en 1948. Le metteur en scène, performeur, compositeur et vidéaste Jaha Koo propose quant à lui trois spectacles : The History of Korean Western Theater, Haribo Kimchi et Cuckoo, nom qui désigne en Corée un cuiseur à riz, reprenant à l’instar du frigidaire celui d’une célèbre marque. L’artiste né en Corée en 1984, exilé en Europe à l’âge de 28 ans pour fuir une société alors sans perspectives, façonne des spectacles transdisciplinaires, dont le langage théâtral original touche par sa puissance d’évocation. Les projections d’images d’archives, dont celles inaugurales montrant émeutes et répression policière, alternent avec des scènes où le narrateur calme et posé, incarné par Jaha Koo lui-même, n’est pas aussi seul qu’il en a l’air. Mis à part la réservée Hana, qui ne sait rien faire sauf cuire du riz, les deux autres cuckoos installés devant lui, Duri et Seri, sont en effet eux aussi comédiens. Ils dialoguent, s’engueulent, et en creux signifient l’immense solitude qui frappe le protagoniste. « Une solitude sans aide », comme un mot coréen la désigne.
Une société sous pression
Jaha Koo fabrique un théâtre politique et ironique, qui dévoile de manière limpide les malheurs d’une société sous pression, le désarroi d’une génération qui fut frappée par une crise économique si grave qu’elle engendra violences, faillites et suicides. Un suicide toutes les 37 minutes, apprend-on. Dont celui de Jerry, ami de Jaha Koo. Un plan de sauvetage piloté par le Fonds Monétaire International (un sujet étudié et débattu parmi les économistes) accorda un prêt d’environ 57 milliards au pays, assorti de conditions que dénonce l’artiste, qui a connu les pires heures de la crise. Si la Corée a pu rembourser son prêt par anticipation dès 2001, les conséquences sociales ont duré davantage. Au fil de son parcours, Jaha Koo a aiguisé son regard sur son pays d’origine, sur la notion de colonisation culturelle, d’impérialisme économique, d’identité. Il mêle dans cet objet théâtral insolite une forme de tranquillité dans la posture, une acuité tranchante qui dénonce vigoureusement, une attention délicate à l’intime. Un beau et poignant spectacle.
Agnès Santi
Les 5 et 7 juillet à 18h et les 6 et 8 à 11h. Tel : 04 90 14 14 14. Durée : 1h.
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