La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Critique

Tumulus, la farandole bigarrée de François Chaignaud et Geoffroy Jourdain

Tumulus, la farandole bigarrée de François Chaignaud et Geoffroy Jourdain - Critique sortie Danse Avignon Festival d’Avignon. La Fabrica
Smith - Visuel du spectacle

En tournée / chorégraphie François Chaignaud / direction musicale Geoffroy Jourdain

Publié le 6 mai 2022 - N° 299

François Chaignaud et Geoffroy Jourdain façonnent autour d’un imposant tumulus une farandole bigarrée assemblant une communauté d’artistes dansants et chantants. Créée à Bonlieu, scène nationale d’Annecy, la pièce poursuivra sa route lors d’une longue tournée, notamment cet été lors du Festival d’Avignon.

Le théâtre est un art qui fait parler les morts, qui fait une place aux morts. Est-ce ce qu’indique d’emblée cet imposant tumulus qui occupe toute la scène ? Mot latin désignant des sépultures archaïques, ce tumulus aride, semblable parfois à une esquisse de crâne d’éléphant (chacun y verra ce qu’il souhaite !), avec deux fentes en guise d’ouverture, devenant doucement enneigé ou brièvement rougeoyant, se fait plutôt ici repaire de vivants, investi par une espèce chantante et dansante facétieuse. Certains se faufilent discrètement sous le monticule en une disparition qui n’inquiète pas, d’autres s’élancent jusqu’au sommet ou glissent sur ses flancs, d’autres encore l’arpentent lentement et prudemment. Chorégraphe, danseur, chanteur, historien, François Chaignaud se plaît à décloisonner les genres, à orchestrer de multiples et subtils métissages musicaux et chorégraphiques,  à l’instar du si beau et bouleversant Romances Inciertos, un autre Orlando, présenté au Festival d’Avignon en 2018 en collaboration avec Nino Laisné. Cette année, c’est Geoffroy Jourdain, directeur des Cris de Paris et adepte de projets audacieux, qui crée avec lui Tumulus, ambitieux par sa forme et sa dimension spirituelle. Tous deux ont recruté une communauté d’artistes, cultivant sur près de trois ans une pratique commune du chant et de la danse. Lors de leur très belle entrée en scène, ils sont treize et font groupe, font bloc, avançant à petits pas, reliés les uns aux autres. Cette sensation d’unité et de présence saisit, avant que très vite leur singularité frappe tout autant, non pas par la manière de se distinguer mais aussi et surtout par la façon dont le geste ou le son d’un seul influe, accompagne et imprègne le groupe. Un unique tintement, un léger martèlement de la main, voire même un claquement de langue, sans oublier le souffle, essentiel. Celui qui inspire et maintient la vie, celui qui expire…

Repaire de vivants

L’idée de lien est sans doute ce qui fonde cette création, lien ample, précis et incarné unissant danse et musique, unissant les corps dans l’espace, qui forment ensemble un tout organique, en mouvement. Le socle musical de la pièce est le beau répertoire des polyphonies sacrées de la Renaissance, dont des motets de Josquin Desprez, le Requiem de Jean Richafort, jusqu’à Dies Irae de la Missa pro defunctis (environ 1718) d’Antonio Lotti et Musik für das Ende (1971) de Claude Vivier. Parfois la fin d’un chant se prolonge de manière inattendue ouvrant vers de nouvelles perspectives. Est-ce la musique qui prime ou la danse ? Aucun des deux, mais force est de reconnaître qu’au-delà des rondes qui se répètent les passages où les artistes se singularisent demeurent les plus intéressants. Ni faucheuse, ni inquiétude, la mort ne constitue pas ici un grand saut vers l’inconnu. Pas de rituel déférent, pas de sacralité cérémonielle, pas non plus d’intensité spectaculaire ou de spiritualité poignante, mais plutôt une farandole disparate, attentive et humaine, qui tient la mort à distance, comme en hors champ. À l’image du défilé final, en tenues minimalistes, offert dans le plaisir manifeste de jouir du temps présent et de son corps en état de marche, jusqu’à ce qu’au sommet de la colline se dépose une ligne de chapeaux. Des petits tumulus fantaisistes et gracieux…

Agnès Santi

 

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A propos de l'événement

Tumulus
du mercredi 20 juillet 2022 au mardi 26 juillet 2022
Festival d’Avignon. La Fabrica
11 Rue Paul Achard, 84000 Avignon

à 18h, relâche le 22. Tél : 04 90 14 14 14. Durée : 1h10. Spectacle vu à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy, le 2 mai 2022.


Calendrier de tournée :


7-8-9 mai 2022                Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles (BE)


14-15-16 mai 2022         Wiener Festwochen (AUT)


24 mai 2022                     Le Tandem – Douai (FR)


31 mai 2022                    Opéra de Dijon (FR)


02 juin 2022                     Cité musicale-Metz (FR)


7 et 8 juin 2022               La Coursive Scène Nationale de La Rochelle (FR)


22 juin 2022                     la Scène nationale d’Orléans (FR)


16 novembre 2022         Points Communs, Nouvelle scène nationale de Cergy Pontoise (FR)


18 novembre 2022         Théâtre St Quentin-en-Yvelines scène nationale (FR)


21-26 novembre 2022   La Grande Halle de la Villette (FR) (option)


30 novembre 2022         Maison de la Culture de Bourges (FR)


3-4 décembre 2022        Malraux scène nationale Chambéry Savoie (FR)


17 décembre 2022         Concertgebouw, Bruges (BE)


3-4 mars 2023                Séville (ES)


10-11 mars 2023             Culturegest – Lisbonne (PT) (option)


17-18 mars 2023           Teatro municipal do Porto (PT)


28 mars 2023                 Théâtre Molière > Sète scène nationale archipel de Thau (FR)


31 mars 2023                 Théâtre Auditorium Poitiers (FR)


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