La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Critique

Tragédie

Tragédie - Critique sortie Danse Paris Le Centquatre
Crédit : François Stemmer Légende : Pas moins de dix-huit danseurs pour la marche irrémédiable de l’humanité.

Le Centquatre
Chorégraphie Olivier Dubois

Publié le 18 décembre 2012 - N° 205

Une armée en marche. Un vrombissement. Et soudain le corps qui crache sa hargne, et la procession devient possession.

C’est face public que les danseurs, un à un, s’exposent. Une marche millimétrée de douze pas, un aller-retour du lointain jusqu’au bord de la scène, austère, cadencé, rigoureux. Nus, ils ne disent rien d’autre que l’affrontement au regard du public, féroce et brutal. C’est le nombre (dix-huit danseurs) qui viendra redistribuer les cartes du jeu : les avancées s’offrent en décalage les unes aux autres, organisent peu à peu l’espace et rythment le temps, donnant à voir d’infimes combinaisons. La machinerie hypnotique triomphe un temps, et l’on songe au précédent Révolution, entièrement dédié à la transe et à l’épuisement de ces femmes qui tournoyaient sans cesse. Là où Tragédie nous emporte, c’est lorsque le martèlement des pas se transforme en un martèlement de l’esprit : quelque chose gronde, quelqu’un tombe, et la manufacture des corps qui offrait leur diversité au vu et au su de tous devient une véritable usine à gaz.

Corps et âme

La musique de François Caffenne est sans doute pour beaucoup dans le sentiment d’être emporté, irrémédiablement, vers une issue fatale. D’abord sourde, elle s’embrase petit à petit dans une montée en puissance très rock, toujours bien trempée. Dans Tragédie, Olivier Dubois a d’abord contraint les corps, pour mieux autoriser leur relâchement, leur implication totale dans une danse de possession. Les visages se font grimaçants, les membres tremblent, les individus s’écroulent, les ensembles s’organisent pour mieux se détruire en un terrifiant chaos. « Corps et âme » : c’est ce qui qualifie le mieux leurs états de corps. Mais la tragédie a-t-elle déjà eu lieu, ou en sont-ils les funestes augures ? Sortent-ils tout droit du purgatoire ou sont-ils les rescapés de la Shoah ? Le chorégraphe n’avance pas de réponse. Les images et les fantômes sont nombreux, qui peuplent un imaginaire furieusement en marche tout au long de la pièce.

 

Nathalie Yokel

 

A propos de l'événement

Tragédie
du Samedi 2 février 2013 au Dimanche 3 février 2013
Le Centquatre
5 rue Curial, 75019 Paris
Le 2 février 2013 à 20h30, et le 3 à 18h, dans le cadre de Séquence Danse. Tel : 01 53 35 50 00. Spectacle vu à L’Apostrophe, scène nationale de Cergy.
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