La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien

Masculines sape les frontières

Masculines sape les frontières - Critique sortie Danse Metz L'arsenal
Héla Fattoumi, chorégraphe de Masculines avec Eric Lamoureux. © Eric Lamoureux

L’arsenal / Metz
Espace 1789 / Saint Ouen
L’Apostrophe / Cergy-Pontoise

Publié le 22 janvier 2013 - N° 205

Sous un dispositif lumineux oppressant tel un plafond de verre, les sept danseuses de Masculines jouent des postures et des clichés sur le féminin. Héla Fattoumi et Eric Lamoureux  reviennent sur leur démarche autour de cette nouvelle création.

« L’idée du titre est de créer une conjonction entre le masculin et le féminin pour créer un brouillage. » Eric Lamoureux

« S’attacher à ces postures du féminin encore à l’œuvre, mais dans une entreprise de “dézingage“. » Héla Fattoumi

Cette nouvelle pièce se situe-t-elle dans la continuité des précédentes Manta et Lost in Burqa, très centrées sur la figure de la femme orientale ?

H. F. : Cette question était sous-jacente dans notre travail mais jamais mise en évidence comme avec ces deux pièces qui nous ont passionnés. Pour autant, avec Masculines, on ouvre sur LES femmes plus que sur la femme orientale. C’est une interrogation liée aux interdits, à l’émancipation des femmes, au-delà de l’orient et des problématiques liées au monde arabo-musulman. Masculines part des tableaux du peintre Ingres car on a commencé à regarder, à travers l’orientalisme, comment les femmes ont été vues dans l’histoire de l’art. Le projet a vraiment démarré avec Le Bain Turc, dans un travail sur les clichés. Et le plus fort d’entre eux est relié au fait que les femmes sont maintenues, encore aujourd’hui quand on parle d’érotisme, dans une horizontalité : ce sont des corps qui attendent, alanguis, dans une volupté, une langueur. On a voulu s’attacher à ces postures du féminin encore à l’œuvre, mais dans une entreprise de « dézingage ».

E. L. : En partant de ce tableau qui est pour nous un cliché absolu, se développe toute une chaîne de réflexions sur l’assignation de qualités physiques qui enferment la femme dans des catégories encore aujourd’hui. Très vite, cela nous a amené vers d’autres ressources intellectuelles, jusqu’aux “gender studies“ avec Judith Butler, ou à un texte de Monique Wittig qui décrit au plan politique comment l’hétérosexualité a érigé un ordre social très normatif qui organise un rapport de domination.

J’entends dans ce que vous dîtes la volonté de battre les clichés, de redresser le corps. Mais en introduisant la notion de masculin dans le titre, cela ne risque-t-il pas d’induire que la femme doit passer par là pour s’émanciper ?

H. F. : Au contraire ! On ne voit dans cette pièce que des femmes, que l’on n’a pas du tout cherché à transformer, ni à faire passer par le masculin. Elles traversent des qualités physiques associées au masculin, par la notion de puissance et d’énergie. Elles jouent avec la féminité, lui font traverser des qualités de mouvements et de corps. C’est un voyage dans ces qualités de mouvements qui s’opposent, et nous restons très vigilants afin de ne pas être dans le binarisme mais toujours dans un dialogue.

E. L. : L’idée du titre est de créer une conjonction entre le masculin et le féminin pour créer un brouillage. On est sans cesse face à cet écueil et nous essayons de le transcender à travers cette notion de brouillage des frontières catégorielles.

Les interprètes sont des femmes qui viennent d’un peu partout, comment avez-vous composé avec ce groupe ?

E. L. : Il nous fallait une palette pour parler des femmes et non pas de la femme. On a donc cherché des femmes très différentes tant dans leur morphologie, leur histoire personnelle, que leur culture puisque sont rassemblées une Estonienne, une Suédoise bosniaque, une Japonaise, des Européennes… L’enjeu pour ces interprètes est de jouer sans cesse avec les images qu’elles endossent pour faire apparaître des singularités. Sans cesse elles s’habillent, mettent des accessoires, se glissent dans des postures, puis les détruisent en essayant progressivement de quitter tous ces carcans.

H. F. : On passe d’Ingres à une image un peu papier-glacé. Et ces danseuses expriment des choses d’elles en tant que femmes d’aujourd’hui, en tant que danseuses qui ont fait des choix de vie très forts, elles trouvent là le moyen d’exprimer des convictions qu’elles partagent pleinement. Je les regarde répondre à toutes ces situations qu’on leur propose d’expérimenter et elles vont au-delà de ce que l’on aurait pu imaginer.

E. L. : Jusqu’à s’émanciper. D’être ni féminines ni masculines, mais d’être, avant tout.

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Masculines
du Vendredi 11 janvier 2013 au Samedi 21 septembre 2019
L'arsenal
L’arsenal, 3 av Ney, 57000 Metz.
L’arsenal, 3 av Ney, 57000 Metz. Les 11 et 12 janvier 2013 à 20h. Tél : 03 87 74 16 16. L’Apostrophe, Théâtre des Louvrais, place de la paix, 95300 Pontoise. Le 15 janvier 2013 à 20h30. Tel : 01 34 20 14 14. Espace 1789, 2-4 rue Alexandre Bachelet, 93400 Saint Ouen. Le 24 janvier à 19h30 et le 25 à 20h30. Tel : 01 40 11 50 23. Théâtre Louis Aragon à Tremblay-en-France. Le 6 avril. Tournée en France.
x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur la Danse

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur la Danse