La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien Faizal Zeghoudi

Un Sacre politique

Un Sacre politique - Critique sortie Danse Paris INSTITUT DU MONDE ARABE
Crédit : Steve Appel Légende : Faizal Zeghoudi a créé son Sacre du Printemps à Bogota.

Institut du Monde Arabe
Chorégraphie Faizal Zeghoudi

Publié le 18 décembre 2012 - N° 205

La particularité du Sacre du Printemps de Faizal Zeghoudi ? Une pièce éminemment politique, créée pour le bicentenaire de l’indépendance de la Colombie.

« C’est la clef du Sacre : se battre pour récupérer la terre des ancêtres. »

Quelle est votre démarche de chorégraphe, comment s’inscrit-elle dans le paysage chorégraphique actuel ?

Faizal Zeghoudi : Ma démarche chorégraphique ne s’attache certainement pas à réinventer le geste, car je m’intéresse beaucoup plus à la sociologie du corps, et particulièrement à sa dramaturgie. Je suis très sensible au travail d’artistes qui ont un réel engagement politique dans leur danse, dans le sens où ils se préoccupent de la situation de l’individu dans la société. Evidemment, je m’inspire beaucoup de mes origines – algériennes, par mes parents – cela se ressent dans mon identité, et dans ce qui me soucie socialement. Venant de Colombes, j’ai été beaucoup influencé par Matt Mattox et toute la bande des Ballets Jazz Art. Mais en tant que danseur, j’avais la sensation que l’on me demandait de faire quelque chose qui était contraire à mon corps. Je m’étais approprié des choses de ma culture, les pieds ancrés dans le sol, le centre de gravité assez bas, alors que là on me demandait de m’étirer à la barre. Cette contradiction m’a détourné de la préoccupation du geste classique que l’on va refaçonner. Je peux reconnaître l’immense qualité d’écriture d’un Cunningham, d’un Bagouet, mais je n’ai pas été sensible à ça. En revanche, je vais être totalement bouleversé dès lors que le terreau, le matériau littéraire ou dramaturgique prend le dessus, et que le geste devient un outil pour déceler l’écriture. Mon travail puise dans l’écriture : cela peut être un texte de théâtre, un texte issu de l’actualité, et c’est à partir de cela que je commence à travailler des concepts, à trouver de la matière chorégraphique.

Pour le Sacre du Printemps, vous vous éloignez de Nijinski et transformez ce rituel pour en sortir quelque chose de plus politique…

F. Z. : Pour moi, le Sacre du Printemps n’a jamais été une œuvre rituelle. Je n’arrive pas à croire en ce rapport à la terre et ce sacrifice d’une vierge pour que renaisse le printemps… Dire cela peut faire hurler les gens de la danse. C’est avant tout une œuvre musicale. Ensuite, je reste convaincu que c’est un geste politique : quand Stravinsky la crée en 1913, nous sommes aux portes de la première guerre mondiale, dans un moment où l’on se pose la question de se réapproprier une terre qui a été spoliée, confisquée pas un conquérant. Il y a un passage dans le Sacre qui est l’ode aux ancêtres. C’est la clef du Sacre : se battre pour récupérer la terre des ancêtres. Le second point c’est le sacrifice, c’est vraiment pour moi le fait du résistant, ou du terroriste (cela dépend qui en parle et à quel moment), c’est-à-dire celui que le peuple va choisir et qui va se sacrifier pour sa survie. Et le peuple regarde, il est d’accord pour que cet individu se fasse exploser sur la place du marché, tel un taureau dans l’arène, il regarde cette mise à mort.

N’y a-t-il pas justement cette référence à la tauromachie dans votre recherche gestuelle, ainsi qu’une attention portée aux danses traditionnelles ?

F. Z. : Quand on m’a fait la proposition à Bogota de créer cette pièce pour le bicentenaire de l’indépendance de la Colombie, j’ai cherché quel était l’animal le plus emblématique de cette mise à mort. C’est le taureau. C’est un combat jusqu’à la mort pour son territoire, où il cherche à faire sortir de l’arène le toréador. Et j’ai travaillé à Bogota avec ces danseurs qui, comme moi, ont une culture très différente de ce qu’on leur impose. Ils ont une formation extrêmement tournée vers la technique Graham, et j’ai insisté auprès d’eux, non pas pour qu’ils interprètent des danses traditionnelles, mais pour que leur corps se les approprie. Je leur ai donné beaucoup de matière, sans qu’ils improvisent. Mais ce qui m’intéressait, c’était la façon dont cela allait se diffuser dans leur corps à partir de la danse traditionnelle, comment ce processus-là pouvait exister dans leur danse.

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Sacre du Printemps
du Vendredi 8 février 2013 au Samedi 9 février 2013
INSTITUT DU MONDE ARABE
1 rue des Fossés Saint Bernard, place Mohammed V, 75005 Paris
à 20h30. Tel : 01 40 51 38 11.
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