La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Topdog/Underdog

Topdog/Underdog - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Mamady Sidibé Légende photo : « Lincoln (Moanda Daddy Kamono) et Booth (Toto Kisaku Mbengana) : deux frères aux rapports troublés. »

Publié le 10 octobre 2007

Philip Boulay crée Topdog/Underdog, pièce pour laquelle la dramaturge afro-américaine Suzan-Lori Parks a obtenu un prix Pulitzer en 2002. Un spectacle bavard et platement réaliste.

Une gentille histoire sombre. Sombre et violente, mais aussi cocasse, tour à tour chargée de frivolité, d’enthousiasme, de sensibilité, de gravité, d’introspection… Voilà ce qui se dégage de Topdog/Underdog, une pièce volubile qui s’apparente désagréablement à un banal scénario de cinéma ou de télévision. Cherchant à éclairer les existences de Lincoln (Moanda Daddy Kamono) et Booth (Toto Kisaku Mbengana) – deux frères afro-américains tiraillés entre petits métiers et activités illégales, affection et ressentiment, colère et résignation, impression de toute-puissance et sentiment d’humiliation -, Suzan-Lori Parks crée une longue enfilade de scènes résolument réalistes. Des scènes qui engendrent des situations bien souvent anecdotiques tout en donnant, de loin en loin, la sensation de vouloir esquisser une réflexion sur les déterminismes sociaux, familiaux, ethniques ou culturels. Des scènes qui prennent l’Histoire des Etats-Unis comme point de référence, agitant à travers ses personnages les ombres du président Abraham Lincoln et de son assassin, John Wilkes Booth.
 
Un jeu de miroir sur les multiples déterminismes de l’individu
 
Tout cela s’étire ainsi durant près de trois fastidieuses heures, sans véritablement parvenir à mettre en lumière les questionnements, les problématiques, que l’écrivaine américaine souhaiterait faire surgir derrière les parcours et les personnalités des deux frères. Car la mise en scène sans inspiration de Philip Boulay, loin de pallier les déficiences de la pièce, les accentue et entraîne irrémédiablement la représentation vers le bas. Manque d’inventivité, de fantaisie, de rythme, de perspicacité dramaturgique, de relief scénographique… Tout prend place comme si le metteur en scène s’était contenté d’illustrer le quotidien de Lincoln et Booth, collant infatigablement au texte, le paraphrasant de la façon la plus pauvrement naturaliste. Au bout du compte, seule la présence salutaire de Moanda Daddy Kamono et Toto Kisaku Mbengana réussit à sauver ce Topdog/Underdog du naufrage. La belle énergie, la connivence et l’authenticité dont font preuve les deux comédiens sont en effet les seules objections faites à la déception et la lassitude qui s’installent comme avance la représentation.
 
Manuel Piolat Soleymat


Topdog/Underdog, de Suzan-Lori Parks ; mise en scène de Philip Boulay ; texte français de Jean-Pierre Richard. Du 27 septembre au 20 octobre 2007. Du mercredi au samedi à 20h00, le mardi à 19h00 ; matinées exceptionnelles le dimanche 7 octobre à 16h00 et le samedi 20 à 15h00. Athénée Théâtre Louis-Jouvet, square de l’Opéra Louis-Jouvet, 7, rue Boudreau, 75009 Paris. Réservations au 01 53 05 19 19.

A propos de l'événement



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