La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Philippe Adrien

Philippe Adrien - Critique sortie Théâtre
Philippe Adrien continue sa fructueuse collaboration avec Bruno Netter et la compagnie du 3e Œil et part sur les routes de la Mancha !

Publié le 10 septembre 2007

Philippe Adrien interroge la cécité du Chevalier à la triste figure

Philippe Adrien continue sa fructueuse collaboration avec Bruno Netter et la compagnie du 3e Œil. Après Le Malade imaginaire et Le Procès, les voilà partis sur les routes de la Mancha !

Vous collaborez pour la troisième fois avec la compagnie du 3e Œil.
Philippe Adrien : Je n’aurais pas monté Don Quichotte sans cette relation privilégiée avec la compagnie. Après Le Malade imaginaire et Le Procès, c’est notre troisième projet, toujours initié par Bruno Netter, qui, comme Tirésias auquel je le compare parfois pour plaisanter, a cette faculté des aveugles de voir au-delà de ce que perçoivent les autres. L’équipe est la même depuis le début, hélas, sans Sergio Malducca, aujourd’hui décédé, et qui comptait beaucoup pour nous tous. La distribution est composée pour une moitié de personnes différentes et pour l’autre de valides. On collabore, et les difficultés des uns et des autres sont prises en charge, partagées.


Pourquoi avoir choisi de croiser le roman avec l’évocation de l’association qui s’en est récemment réclamé ?
P. A. : Le combat des Enfants de Don Quichotte n’a pas été sans compter dans ma décision de me lancer dans l’aventure. Comment se fait-il que ce livre ait suscité un mythe qui devienne le symbole d’une lutte sociale ? Ce qui ensuite m’a intrigué à la lecture, c’est précisément l’écart entre le récit de Cervantès et ce mythe. Don Quichotte est un furieux. Si on lit avec soin, on s’étonne forcément qu’il déploie une agressivité pareille pour des raisons futiles ou dérisoires. Il se trompe constamment d’ennemi, en foudre de guerre qui déglingue tout sur son passage avec un aveuglement qui confine à la cécité absolue. Ses vertus elles-mêmes relèvent de ce même aveuglement. Alors qu’il prétend n’être occupé que du malheur d’autrui, il ne tient aucun compte de celui qu’il cause sur son chemin… S’il n’avait une sorte d’humour, de bonhomie, de tendresse, il serait parfaitement détestable ! Oui, ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est qu’il finit par nous émouvoir…


Comment avez-vous mêlé le récit et ses avatars modernes ?
P. A. : Ce qui m’intéresse, c’est la différence entre l’errance d’aujourd’hui et celle de Don Quichotte. Ce seront les acteurs de la fiction qui, filmés, figureront des SDF. Parmi eux, un aveugle, Bruno Netter, sorte de lecteur ou de spectateur privilégié de la fiction qui se déroulera sur scène et avec laquelle les personnages filmés se trouveront en prise directe. Il y aura deux couples Don Quichotte / Sancho : Bruno Netter et Jean-Luc Orofino d’une part, Stéphane Dausse et Vahid Abay d’autre part. L’idée est d’entrer dans la narration scénique par le regard d’un aveugle, le second couple étant comme l’anamorphose du premier.

« Ce qui m’intéresse, c’est la différence entre l’errance d’aujourd’hui et celle de Don Quichotte. »

Comment avez-vous adapté cette œuvre immense ?
P. A. : Immense à bien des égards, elle semble n’avoir pas de fin et s’écrire d’elle-même. Cervantès est pris dedans et si parfaitement identifié à sa création qu’il s’amuse à semer le doute sur l’authenticité de sa paternité littéraire : comme si Don Quichotte résultait d’une sorte de génération spontanée, d’un processus d’écriture rhizomatique. Mais comme le temps de la représentation est compté, pas question d’être exhaustif ! Il a fallu couper et arranger. Nous gardons les exploits, les aléas et les souffrances du héros. Ensuite nous nous fions au fait que le barbier et le curé sont déterminés à protéger Don Quichotte de lui-même. La fin de l’intrigue se déroule dans l’auberge qui devient le théâtre de ses ultimes errements. Don Quichotte, après avoir crevé des outres de vin, est enfermé dans une cage, comme un fou. Nous avons travaillé à partir du texte d’Aline Schulman, magnifique de lisibilité et de fidélité. Selon elle, le plus important c’est le fond historique, notamment lié à l’Inquisition. En effet, si l’on s’y plonge vraiment, cette histoire est littéralement hantée par l’Inquisition, de manière d’autant plus prenante qu’elle demeure diffuse. Ce que Cervantès aurait eu à dire de l’Inquisition, il ne pouvait que le laisser deviner. Il s’avance donc masqué dans Don Quichotte, un masque d’aveugle derrière lequel il dissimule ses véritables intentions.


Propos recueillis par Catherine Robert

 

Don Quichotte, d’après Cervantès ; adaptation de Philippe Adrien et Vladimir Ant ; mise en scène de Philippe Adrien. Du 11 septembre au 14 octobre 2007. Du mardi au samedi à 20h ; le dimanche à 16h. Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris. Réservations au 01 43 28 36 36.


A propos de l'événement



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