La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon / 2026 - Entretien / João Paulo Lorenzon

« De Nietzsche à Sarah Kane, inspirations multiples », João Paulo Lorenzon fait son retour à Avignon avec deux propositions

« De Nietzsche à Sarah Kane, inspirations multiples », João Paulo Lorenzon fait son retour à Avignon avec deux propositions - Critique sortie Avignon / 2026 Avignon Avignon Off. La Scierie
Le comédien et metteur en scène brésilien João Paulo Lorenzon. © Maurizio Mancioli

La Scierie / texte Renata Zambonelli et João Paulo Lorenzon / mise en scène Alessandra Maestrini et Denise Stoklos

Théâtre des Vents / texte d'après Sarah Kane / mise en scène João Paulo Lorenzon

Publié le 30 mai 2026 - N° 345

À La Scierie, João Paulo Lorenzon interprète Nietzsche, du cheval nous ne savons rien, spectacle qui sonde les profondeurs de l’âme humaine. Au Théâtre des Vents, il met en scène On n’est jamais aussi fort que lorsqu’on n’a plus aucune force, proposition inspirée de l’univers de Sarah Kane. Deux occasions de retrouver l’artiste brésilien qui revient à Avignon, 11 ans après y avoir interprété Nijinsky – Ma Folie est l’amour de l’humanité, en 2015.

Vous êtes de retour à Avignon. Qu’est-ce qui vous lie à cette ville et son festival ?

João Paulo Lorenzon : La première fois que je suis venu à Avignon, j’étais enfant. Mes parents m’avaient emmené au festival. J’ai été bouleversé par les masques, les costumes, les troupes en procession dans les rues, les artistes qui envahissaient chaque coin de la ville. Cette expérience m’a marqué profondément et durablement. Quelque chose s’est ouvert en moi et ne s’est jamais refermé. Avignon, c’est cela : la vibration du théâtre qui résonne dans chaque pierre, comme si la ville elle-même gardait la mémoire de tous les spectacles du monde. Au-delà de ce souvenir d’enfance, une conviction profonde me ramène ici. À l’heure où l’avancée technologique nous capture dans une distraction permanente, le théâtre garde quelque chose d’irremplaçable. Quand les gens sont dans une salle de théâtre, ils sont là ensemble, tous vivants, témoins du même événement. C’est cela qu’Avignon incarne mieux que n’importe quel autre endroit au monde.

« Le corps n’est pas le véhicule du personnage, il est le personnage. »

Pouvez-vous nous présenter les deux spectacles dans lesquels vous êtes à l’affiche ?

J.P.L. : Le spectacle dans lequel je joue, Nietzsche, du cheval nous ne savons rien, prend comme point de départ une scène où Nietzsche, croisant un cheval brutalisé par son cocher, se jette sur l’encolure de l’animal, avant de sombrer dans le silence et la folie. Un cheval battu n’est pas un symbole fixe, il s’agit d’une image-seuil dans laquelle chaque spectateur dépose ce qu’il porte : la nature trahie, la liberté entravée, la tendresse qu’on muselle, l’enfance qu’on a battue en soi. La pièce ne choisit pas entre ces lectures. Elle les laisse coexister, se contredire, s’amplifier… Quant à On n’est jamais aussi fort que lorsqu’on n’a plus aucune force, spectacle que je mets en scène et qui est interprété par Julia Setubal, il s’inspire de l’univers de Sarah Kane. Il part d’un paradoxe qui n’en est peut-être pas un : c’est là où nous sommes les plus fragiles, les plus précaires, les plus exposés, que quelque chose de vital palpite, refuse de disparaître. Non pas malgré la vulnérabilité, mais à travers elle.

Quel acteur pensez-vous être ?

J.P.L. : Dans Nietzsche, du cheval nous ne savons rien, mon travail d’acteur repose sur une expérience physique fondamentale : le corps scindé. Un bras frappe, l’autre supplie qu’on arrête. Un côté ressent le plaisir de la force, l’autre s’horrifie de ce plaisir. La violence n’est pas extérieure à nous. Elle traverse le même corps qui désire la paix. Le défi technique et émotionnel est précisément là : laisser les deux mouvements coexister dans le même instant, sans que l’un annule l’autre.

Et quel metteur en scène ?

J.P.L. : Mon travail de metteur en scène repose sur une conviction : le corps n’est pas le véhicule du personnage, il est le personnage. Il porte les guerres anciennes, les normes intériorisées, les désirs réprimés et les rébellions soudaines. En tant que metteur en scène, je cherche à créer les conditions pour que quelque chose d’incontrôlable puisse traverser la scène, pour que les corps puissent enfin voler.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

De Nietzsche à Sarah Kane, inspirations multiples
du samedi 4 juillet 2026 au vendredi 24 juillet 2026
Avignon Off. La Scierie
15 boulevard Saint-Lazare, 84000 Avignon

à 20h30, les jours pairs. Tél. : 04 84 51 09 11. Durée : 50 min (Nietzsche, du cheval nous ne savons rien).

 

Avignon Off. Théâtre des Vents, 63 rue Guillaume Puy, 84000 Avignon. Les 19, 21 et 23 juillet 2026 à 21h30. Tél. : 06 11 28 25 42. Durée : 45 min (On n'est jamais aussi fort que lorsqu'on n'a plus aucune force).

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