Dans « L’Opium réside dans le pixel », Baptiste Dezerces explore la vie intérieure des joueurs de jeu vidéo
Baptiste Dezerces explore la vie intérieure [...]
Avignon / 2026 - Entretien / Ben Duke
Une dernière fois, le personnage d’Hamlet apparaît sur scène. En interrogeant la fascination qu’exerce le personnage shakespearien, le comédien, metteur en scène et chorégraphe Ben Duke réinvente la relation entre le mythe et le public et renouvelle notre regard sur ce célébrissime anti-héros.
Que vous inspire la présence si fréquente d’Hamlet sur nos scènes ? Pourquoi voulez-vous en quelque sorte clore le chapitre Hamlet ?
Ben Duke : Se demander pourquoi nous lui accordons une telle importance me paraît essentiel. D’où vient cette fascination pour lui ? Je voulais lui offrir une dernière apparition, afin de réfléchir à ce que serait la vie sans lui. Le critique littéraire William Hazlitt a écrit : « C’est nous qui sommes Hamlet ». Nous avons le sentiment de nous reconnaître en lui, qu’il élève nos réflexions sur l’existence dans une dimension poétique. Nous sommes impliqués dans sa quête de sens, et par extension, dans la nôtre. Je me demande si notre conscience et notre intellect, incarnés par Hamlet, ne sont pas davantage une malédiction qu’une bénédiction. Et si, aujourd’hui, nous avions besoin de moins de réflexion et de plus d’action, de moins de tête et de plus de corps ? L’histoire semble indiquer que nous avons peu de chances de destituer Hamlet, ni de persuader le monde de nous défaire de cet homme intelligent, égocentrique et violent, si absorbé par lui-même. Nous vivons une époque où les systèmes en place nous ont trahis, et ma question, à travers cette œuvre, est la suivante : quel rôle Hamlet, par son omniprésence, joue-t-il dans l’établissement et le maintien de ces systèmes ?
La pièce est-elle comique ou tragique ?
B.D. : J’espère, à l’image de la pièce elle-même, qu’elle sera à la fois comique et tragique. Les deux sont intimement liés, comme le montre Shakespeare en plaçant la scène la plus comique littéralement dans une tombe. C’est dans cette scène, plus que dans toute autre, que j’ai puisé mon inspiration pour trouver la tonalité de cette pièce. Nous explorons une sorte d’histoire des origines du personnage d’Hamlet, un peu dans le sillage de Rosencrantz et Guildenstern sont morts de Tom Stoppard, qui a exploité les failles de l’intrigue de manière aussi brillante qu’absurde.
En quoi cet ultime Hamlet est-il lié au public ?
B.D. : The last Hamlet s’inspire de mon expérience de vie, de mon expérience d’artiste et d’homme. En ce sens, il est lié au monde réel. En tant qu’habitués du théâtre, acteurs et spectateurs, cherchons-nous à fuir le monde réel ou à nous y engager ? The last Hamlet entretient une relation particulière avec le public : en raison des coupes dans le texte, Hamlet aura besoin de son aide pour raconter son histoire. Il y a donc une forme de participation du public. Hamlet joue une dernière fois avant que les fonds destinés à sa troupe ne soient retirés. Hamlet existe dans cet entre-deux, entre la fiction de la scène et la salle. Il est presque trop réel pour la pièce dans laquelle il se trouve ; son interaction constante avec le public le rend en quelque sorte invraisemblable dans l’histoire que Shakespeare lui a créée. J’ai donc poussé l’idée d’un personnage qui transgresse constamment le quatrième mur jusqu’à tenter d’effacer la frontière entre la scène et le public…
Propos recueillis par Agnès Santi
à 22h, relâche le 19 juillet. Tel : 04 90 14 14 14. Durée : 1h10.
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