« L’hors-présence ou Chimères du Pays de Morsan », création de Tiphaine Raffier qui interroge l’expérience humaine quand un proche est au seuil de la mort
Après La réponse des Hommes (2020), qui sans [...]
Après Ce que j’appelle oubli de Laurent Mauvignier l’an dernier, Sophie Langevin revient au 11 • Avignon avec ce texte de l’autrice québécoise Rébecca Déraspe, qui ausculte le traumatisme du viol. En tension entre le silence qui pétrifie et la parole qui se cherche, une partition finement orchestrée, aux résonances universelles.
C’est un spectacle qui expose le traumatisme autant que la possibilité de le surmonter, le silence qui fige les souffrances autant que la parole qui se débat, se cherche, et qui, potentiellement, ouvre vers une possibilité de réparation. Minutieusement orchestrées, les paroles toujours en dialogue s’inscrivent au sein de relations – familiales, conjugales, amicales… – qui questionnent les notions de responsabilité, de consentement, de transmission, d’éducation, de punition. Dans une langue précise et pointue, la mise en jeu bien rythmée parvient à éviter le piège du didactisme. À l’inverse d’une démonstration appuyée, la partition relie les enjeux intimes, juridiques et sociétaux. Plusieurs familles se confrontent, telles celle de Noémie, dont le fils Théo est accusé de viol, qui a elle-même subi un viol 25 ans auparavant ; celle de Vincent, l’un des deux violeurs, père d’une petite Clara, qui vit avec Marianne. La pièce explore l’insupportable et ordinaire tension née du silence, du déni, du corps pétrifié qui enfouit la douleur et l’oubli impossible.
Pour que le présent reprenne ses droits
Au fil des scènes et face-à-face qui se succèdent, le tissage des relations laisse émerger parmi les protagonistes des questionnements essentiels sur le système patriarcal, entre soi et sa conscience, entre soi et l’autre. Des débats qui comme l’incarnent plus particulièrement certains personnages expriment une lutte pour que renaisse une forme de confiance, pour que la douleur s’estompe. La scénographie abstraite et minimaliste contribue à accorder aux mots une résonance universelle, au-delà de leur ancrage à Rivière-du-Loup, où coule le fleuve Saint-Laurent. Le texte de Rébecca Deraspe, récompensé en 2023 au Québec par le prix Michel-Tremblay, n’est pas spécifiquement ancré dans l’air du temps, il est d’un féminisme de toute époque, de tout lieu, pour toutes les femmes. Grâce à l’impeccable interprétation de Thomas Gourdy, Lydia Indjova, Francesco Mormino, Juliette Moro, Renelde Pierlot, Bryan Polach et Amandine Truffy, grâce à la mise en scène fluide et à l’écoute de l’intériorité des êtres, la pièce résonne avec intensité, ouvrant vers une prise de conscience renouvelée. Car malgré le mouvement #Metoo, il reste encore du chemin à parcourir.
Agnès Santi
à 22h30, relâche les 10 et 17. Tel : 04 84 51 20 10. Durée : 1h45. Spectacle vu au Escher Theater au Luxembourg.
Après La réponse des Hommes (2020), qui sans [...]
Claude McKay, écrivain mort dans l’oubli, a [...]
Pièce pour trois comédiennes et une [...]