Avec « The last Hamlet », Ben Duke renouvelle notre regard sur le célébrissime anti-héros
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Après le formidable Insuline et Magnolia (2023), Stanislas Roquette revient à Avignon avec cette création sous-titrée La fable de l’écoute, qui sort de l’oubli les cahiers de doléances du Grand Débat National initié en 2019 par Emmanuel Macron. En mettant en scène les contributions de cette vaste consultation citoyenne, la pièce éclaire avec acuité un enjeu démocratique fondamental : la relation qui se noue entre les citoyens et les gouvernants.
C’est un théâtre documentaire, mais pas seulement. Dans sa manière de faire vivre son sujet sur la scène, Stanislas Roquette parvient à problématiser les enjeux, à ouvrir la réflexion plutôt qu’à asséner un message, à éclairer crûment l’importance capitale du politique dans nos vies. Si, on s’en doute, la partition dénonce la conduite de la crise par Emmanuel Macron – la pièce est sous-titrée « la fable de l’écoute » –, elle éclaire également avec acuité la valeur humaine, citoyenne et politique des doléances, en évitant le piège du didactisme comme celui de l’angélisme, en prêtant une grande attention aux mots, aux douleurs et colères qu’ils révèlent. Telle la doléance d’une maman : « J’aimerais que vous expliquiez à ma fille de 5 ans pourquoi maman ne met pas le chauffage partout dans la maison. » Plus grande consultation citoyenne depuis la Révolution, principalement centrées sur la justice sociale, les doléances ont rassemblé 200000 contributions écrites consignées dans 20000 cahiers, qui furent complétées par 2 millions de contributions en ligne. Pour les extirper de leur silence d’étagère, Stanislas Roquette et sa compagnie amiénoise Artepo ont pris le chemin des Archives Départementales de la Somme. Sur le plateau, Marc Lamigeon, Nedjma Berchiche et Emmanuelle Ramu les transforment en paroles incarnées qui s’agrègent et se répondent, soutenues par une création vidéo signée par Victor-Hadrien.
Émotion et réflexion
Grâce à la vitalité de la mise en scène, à la vivacité et la diversité des paroles, à l’imbrication documentée qui entrelace émotion et réflexion, la pièce réussit à éviter le piège de la répétition. Elle fait sentir et percevoir ce que signifie la difficulté de vivre, le fossé entre un pouvoir qui finalement enfume et une population à bout. Le corps s’exprime ici pleinement, signifiant la détresse, la colère. Toutes sortes de clivages et télescopages adviennent entre ceux qui décident et ceux qui subissent. Stanislas Roquette évoque aussi, brièvement, la question de la radicalité des porte-parole des Gilets Jaunes. On a en effet souvent constaté la proximité de la majorité d’entre eux avec des idées soutenant l’extrême droite et la violence. Structurée en trois parties bien orchestrées – Crise, Ensemble et dans le dialogue, Débordement –, la pièce résonne particulièrement alors qu’approchent les élections présidentielles. Cette mise en lumière théâtrale révèle une forme d’esprit français, un rapport à la politique passionné, complexe, batailleur. Quel candidat (le masculin bien costaud l’emporte encore largement au sein du monde politique) aura véritablement le souci du bien commun ? Gare aux autocrates de tout poil ! C’est le bon moment pour réactiver une réflexion collective, pour être véritablement à l’écoute…
Agnès Santi
à 14h20, relâche les 10 et 17. Billetterie : theatredutrainbleu.fr. Durée : 1h20. Spectacle vu au Théâtre de l’Opprimé à Paris.
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