La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Résister pour s’apaiser

Résister pour s’apaiser - Critique sortie Théâtre Aubervilliers Théâtre de la Commune
Légende : Mohamed Rouabhi Cr : Mohamed Rouabhi

Théâtre de La Commune / La Belle de Cadiz / texte et mes Mohamed Rouabhi

Monologue écrit pour Claire Nebout par Mohamed Rouabhi, La Belle de Cadiz superpose l’adolescence d’une jeune fille et la catastrophe de l’Amoco Cadiz. Un spectacle sur l’engagement et la résilience.

« C’est joyeux et poignant, loin du mélodrame. »

Pourquoi revenir aujourd’hui sur l’épisode catastrophique de l’Amoco Cadiz ?

Mohamed Rouabhi : Je ne suis pas de Bretagne mais quand j’étais petit, j’y allais chaque été en colonie de vacances avec la mairie De Drancy. Puis un jour – je devais avoir douze ans – on nous a emmenés nettoyer les plages. On a passé le mois à gratter les rochers et le sable, et je me souviens encore de la couleur et de l’odeur. Il n’y avait plus d’animaux, ni de bateaux. C’était quelque chose qui ressemblait à une guerre, un lieu où l’homme accomplissait sa destruction. Ça a été assez traumatisant. Je n’y suis retourné que vingt ans plus tard.

Pourtant, dans votre texte, la catastrophe est douce, passe presque au second plan, derrière le passage à l’âge adulte du personnage de Claire…

M.R : C’est une histoire de deuil. Je crois beaucoup au travail d’apaisement, que ce soit avec l’Histoire ou avec sa propre histoire. Et puis j’ai demandé à Claire Nebout de parler à partir d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas de faire revivre les événements  passés mais de les évoquer. Dans la pièce, elle joue tous les personnages, ce qui nous rapproche des procédés du conte. C’est joyeux et poignant, loin du mélodrame. A un moment donné, les choses doivent retrouver de la sérénité.

Pourquoi avoir superposé l’échouage du supertanker et l’éclosion de cette jeune fille ?

M.R. : J’aime quand la grande Histoire croise les petites. La jeune fille ici sort de l’enfance. C’est un moment qui nous détermine tous, qui marque profondément. En même temps, l’épisode de l’Amoco Cadiz la traverse soudainement, notamment à travers cet amour avec un matelot qui vient d’ailleurs.

On vous connaît pour votre travail engagé, vous semblez partir là sur une forme plus intime ?

M.R. : Ce texte relate aussi un sursaut de l’engagement. Quand il y a danger, l’individu peut se dépasser pour la collectivité. C’est pour ça aussi que j’évoque dans cette pièce l’épisode de la centrale nucléaire de Plogoff. Là-bas, les gens se sont mobilisés et la centrale n’a jamais pu se construire, comme Notre-Dame des Landes ne se fera jamais. C’est la preuve que chaque petite résistance peut s’amalgamer et s’étendre, qu’on n’est pas obligé d’avoir une artillerie pour se battre. Dans le même sens, mon prochain travail portera ainsi sur l’aventure des salariés de Lipp.

Propos recueillis par Eric Demey

A propos de l'événement

Résister pour s’apaiser
du Vendredi 25 janvier 2013 au Vendredi 8 février 2013
Théâtre de la Commune
2 rue Edouard Poisson, 93300 Aubervilliers
Du 25 janvier au 8 février, mardi au vendredi à 20h, samedi à 18h30, dimanche à 16h30. Tél : 01 48 33 16 16.
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