La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Emma Dante

Quand la vie et la mort se rapprochent…

Quand la vie et la mort se rapprochent… - Critique sortie Avignon / 2014 Avignon Gymnase du lycée Mistral
photo : Emma Dante

Gymnase du lycée Mistral / Le Sorelle Macaluso / Texte et mes Emma Dante

Entre passé et présent, mort et vie, rêve et réalité, Emma Dante met en scène une famille et bouscule toutes les frontières. Un théâtre grotesque et tragique !  

Qui sont les sœurs Macaluso que vous mettez en scène ?

Emma Dante : Les soeurs Macaluso sont sept femmes de la même famille qui vivent dans la même maison, qui cohabitent, qui s’aiment et se détestent, mais ne réussissent pas à se séparer même après la mort. Ce qui m’a inspiré, c’est la nécessité d’explorer l’ailleurs, le lieu et le temps où se nichent les souvenirs et les rêves. Ceux qui meurent s’en vont seulement de façon charnelle mais ils demeurent autour de nous, à côté de nous, pas comme des fantômes mais plutôt comme des mouches ou des papillons.

« La nécessité d’explorer l’ailleurs, le lieu et le temps où se nichent les souvenirs et les rêves. »

A quelle famille appartiennent ces sœurs ? Et quelle représentation de cette famille mettez-vous en œuvre ?

E. D. : La famille Macaluso est une famille très pauvre. La mère meurt jeune et le père, plus ou moins au chômage, a des difficultés à élever ses sept filles. Après un tragique accident dans lequel meurt l’une d’elles, il décide d’envoyer la fille la plus rebelle dans un institut religieux. Cet éloignement crée le court-circuit qui fait ressurgir tous les ressentiments et toutes les souffrances. Le spectacle est la cérémonie d’adieu de Maria, l’aînée, protagoniste de son propre enterrement. Maria danse sa mort entourée de ses êtres chers – vivants et défunts – mais elle ne semble pas se rendre compte de la mort elle-même. Avec ses soeurs, elle parle, elle rit, elle se souvient, elle se met en colère et elle danse jusqu’à ce que, nue, elle s’incline devant l’impossibilité de vivre et de mourir.

Comment abordez-vous le thème de la mort dans cette pièce ?

E. D. : C’est justement parce que je voulais m’interroger sur le sens de la mort que j’ai cherché à parler de la vie dans cette pièce. Et si le spectacle commence par un cortège funèbre où les vivants et les morts de la famille marchent ensemble, tout de suite après, de façon instantanée, de ce noir de deuil surgissent la couleur ainsi que les souvenirs d’enfance qui habillent les soeurs de vêtements colorés. Je voulais que la scène vide et sombre devienne tout à coup un champ de fleurs, que le temps bascule, évoquant le passé où les souvenirs gardent les soeurs unies. Successivement, pendant la pièce, les vivants se rhabillent en noir et les morts restent pris au piège pour toujours par les couleurs de la vie. Le public perçoit la mort comme une mort colorée.

Le langage est-il ici celui des mots autant que des corps ?

E. D. : Le langage de ce spectacle n’est pas seulement parlé mais surtout fait d’actions. Les personnages sont racontés à travers les regards, les gestes, les mouvements et les relations entre eux. C’est un théâtre grotesque et tragique à la fois où le rire essaie de montrer une blessure et où la douleur ouvre des déchirures hilarantes et paradoxales. Les soeurs Macaluso marchent en ligne comme un peloton militaire, dans la même direction, mais si l’une d’entre elles essaie de changer de parcours, les autres découvrent un secret. Le secret n’est pas seulement sicilien, il peut avoir de multiples racines, infinies.

En quoi la pièce, interprétée en dialecte sicilien, est-elle une pièce sicilienne ?

E. D. : La pièce est en dialecte sicilien et aussi des pouilles parce que la soeur rebelle qu’on envoie dans un institut parle le dialecte des pouilles, comme si elle voulait souligner sa différence avec ses soeurs qui sont restées unies. La soeur rebelle parle ce dialecte différent du sicilien parce qu’elle éprouve du ressentiment et de la colère pour avoir vécu loin de sa famille. Bien que la pièce soit en sicilien, son langage est universel et réussit à toucher ceux qui ne sont pas siciliens. C’est une pièce qui parle de l’être humain, de sa solitude et de sa folie.

 

 

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

Le Sorelle Macaluso
du Lundi 7 juillet 2014 au Mardi 15 juillet 2014
Gymnase du lycée Mistral
Lycee Frédéric Mistral, 5 Rue Porte Évêque, 84000 Avignon, France

Festival d’Avignon. Gymnase du lycée Mistral. Du 7 au 10 juillet et du 12 au 15 juillet à 15h. Tél. : 04 90 14 14 14. Duré : 1h10.


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