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Avignon - Entretien / Julie Duclos

Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck, mis en scène par Julie Duclos

Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck, mis en scène par Julie Duclos - Critique sortie Avignon / 2019 Avignon Avignon In. La FabricA
© Delphine Hecquet Julie Duclos

Entretien
Julie Duclos

Publié le 23 juin 2019 - N° 278

Julie Duclos met sa pratique très cinématographique du théâtre au service de Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck. Une pièce sur la rencontre de deux solitudes, qui permet à la metteure en scène de poursuivre son travail sur l’intime. Sur la part d’inconnu de l’être humain.

Après des débuts dans l’écriture de plateau, vous avez mis en scène la pièce contemporaine MayDay de Dorothée Zumstein avant de monter Pelléas et Mélisande, écrite en 1892. Comment expliquez-vous ce choix d’écritures très diverses ?

Julie Duclos : J’aime que chaque création me pousse à me déplacer, à inventer de nouvelles manières d’associer cinéma et théâtre tout en continuant de creuser le même sillon. Avec MayDay (2017), c’était la première fois que je mettais en scène un texte de théâtre. J’ai eu envie de continuer avec Pelléas et Mélisande, qui suscite des images fortes. Comme chez Dorothée Zumstein, il y a dans la pièce de Maeterlinck quelque chose qui dépasse la psychologie, qui touche au cosmos.

Cette présence de l’invisible chez Maeterlinck représente un défi à la mise en scène. Comment l’avez-vous relevé avec vos comédiens ?

J.D. : Pour qu’une œuvre m’intéresse, il faut qu’elle pose des défis à la représentation. Sensible notamment aux nombreux points de suspension utilisés par l’auteur, l’invisible en question impose un type de jeu particulier, à la fois concret et tourné vers quelque chose de plus vaste que l’amour impossible entre Pelléas et Mélisande. De plus mystérieux que la jalousie de Golaud, l’époux de Mélisande. Les vidéos, dont certaines seront tournées en direct, d’autres non, vont aussi nourrir cette étrangeté. Cette métaphysique.

« Il y a dans la pièce de Maeterlinck quelque chose qui dépasse la psychologie, qui touche au cosmos. »

La scénographie de MayDay, avec sa maison en ruines grandeur nature ou presque, était extrêmement imposante. Cela sera-t-il le cas aussi dans Pelléas et Mélisande ?

J.D. : C’est un des points communs entre les deux spectacles. L’un comme l’autre nécessitant de grands espaces, je poursuis ma collaboration avec l’équipe technique de MayDay. Je veux faire de Pelléas et Mélisande un carrefour de tous les métiers du théâtre. Son, lumière, vidéo, jeu… Le tout s’agence d’une manière quasi-opératique. Les nombreux changements de décor qui interviennent dans la pièce posent aussi la question des limites de la représentation, très importante pour moi.

Quelle est pour vous la valeur de ces paysages ?

J.D. : Ils sont beaucoup plus que de simples décors. Un peu comme chez Tarkovski, dont j’aime énormément l’œuvre, les paysages de Maeterlinck ont une influence sur les personnages. Ils sont à la fois concrets et métaphoriques, ce qui est passionnant à traiter dans une mise en scène. L’effondrement dont ils témoignent – le château où se déroule l’action principale est en ruines – renvoie à des questions très actuelles. De même que le personnage de Mélisande, qui vient d’un lieu dont elle ne parle jamais, où elle a connu des souffrances tout aussi secrètes. Bien qu’intemporel, Pelléas et Mélisande résonne fortement avec notre époque.

Propos recueillis par Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck, mis en scène par Julie Duclos
du Vendredi 5 juillet 2019 au Mercredi 10 juillet 2019
Avignon In. La FabricA
11 rue Paul Achard

à 18h. Relâche le 8. Durée estimée : 1h45. Tél : 04 90 14 14 14.


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