« 7 secondes » de Marie Mahé met en jeu une audition de théâtre, laissant émerger un troublant dévoilement de soi
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Onze ans après avoir interprété Nijinsky – Ma Folie est l’amour de l’humanité dans le Off, João Paulo Lorenzon revient à Avignon avec Nietzsche, du cheval nous ne savons rien. À la Scierie, le comédien brésilien sonde les fondements de la folie et de la violence à travers un spectacle-performance qui vaut essentiellement pour son rapport aux sens et à la corporalité.
Du cocher qui fouette sans retenue un cheval ou du cheval domestiqué, qui est la bête et qui est l’être évolué ? C’est la question que João Paulo Lorenzon pose en filigrane dans Nietzsche, du cheval nous ne savons rien, spectacle-performance déployant toutes sortes d’allégories, de perspectives physiques et visuelles, toutes sortes de réflexions liées aux notions de nature, de culture, de cruauté, de liberté, de culpabilité, de réparation… La représentation commence par un épisode de l’existence de Friedrich Nietzsche. À Turin, le 3 janvier 1889, alors qu’il marche dans la rue, le philosophe voit un homme brutaliser son cheval afin que celui-ci réponde à ses injonctions. Ému aux larmes, Nietzsche se précipite et enlace l’animal pour faire cesser son supplice. Raccompagné chez lui par un voisin, il reste alité durant deux jours avant de sombrer dans la folie. Le destin du grand homme est resté célèbre. Mais personne ne sait ce qui est arrivé au cheval…
L’engagement charnel d’un acteur
À partir de ce court récit, torse dévêtu, João Paulo Lorenzon s’élance dans une proposition de cinquante minutes aux sources de la vie. Tout n’est pas d’égale valeur au sein de cette partition qui engage à la fois la physicalité de l’interprète, le lyrisme introspectif d’un texte-mosaïque et la dimension plastique de tableaux visuels à l’étrangeté singulière. Les interrogations et les affirmations énoncées par le comédien, notamment, laissent parfois perplexe : les mots échappent et certaines métaphores pèsent. Les scènes de théâtre corporel, au contraire, impriment leur marque. À l’aide d’une corde avec laquelle il se frappe le dos ou d’un fouet qu’il fait claquer dans l’air, João Paulo Lorenzon déplace notre regard et embrasse la condition d’un cheval. La proposition sensorielle qu’il façonne trouble la frontière entre animalité et humanité pour explorer d’autres façons d’être au monde.
Manuel Piolat Soleymat
à 20h30, les jours pairs. Tél. : 04 84 51 09 11. Durée : 50 min. Spectacle en brésilien, surtitré en français et en anglais.
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