Pour Tiago Rodrigues et Aurélie Charon, le théâtre est un art qui interroge la communauté humaine
Directeur du Festival d’Avignon depuis 2022, [...]
Dans le Off, à Présence Pasteur, Jean-Yves Ruf offre en partage l’intensité fulgurante d’une nouvelle autobiographique de Blaise Cendrars. Servi par une mise en scène au dépouillement radical, J’ai saigné nous ramène aux plaies de la Première Guerre mondiale et célèbre la puissance charnelle d’une grande écriture.
Sur l’un des bords du plateau, surmonté d’une vieille lampe : un lit en fer d’un autre âge. En fond de scène : une chaise, une table, un verre et un pichet rempli d’eau. Ces quelques éléments de décor renvoient au dénuement extrême d’une chambre d’hôpital du début du XXème siècle. Ils laissent la quasi-totalité de l’espace scénique vide, prêt à être habité par la prose magnifique, magmatique, de Blaise Cendrars. Dans J’ai saigné, l’auteur franco-suisse éclaire d’une lumière belle et crue la réalité de la Grande Guerre. Quand il se voit amputé d’une partie de son bras droit après avoir été touché par un éclat d’obus. Quand il est transféré dans un hospice religieux de Châlons-en-Champagne. Quand il fait la connaissance d’Adrienne, infirmière hors du commun qui s’investit corps et âme pour la survie des soldats suppliciés dont elle a la charge.
Un récit-coup de poing
Ce récit coup de poing nous est transmis, à Présence Pasteur, par Jean-Yves Ruf. Le comédien (qui cosigne la mise en scène avec Jean-Christophe Cochard) donne corps et voix à un spectacle qui résonne au présent, un spectacle qui fait se côtoyer les sphères de la chair et les sphères de l’âme de manière étonnante. Sans le moindre effet superflu, en se concentrant sur la force du verbe et la puissance du dire, il sculpte le texte avec une grande mesure, une précision millimétrée, un sens du rythme et de la netteté qui se renouvellent sans cesse… Si cette proposition tout en nuances, tout en délicatesse, célèbre les mots de Cendrars, elle laisse également percer de somptueux silences. Ces ruptures plus ou moins brèves participent à l’évidence organique d’une représentation qui, en portant haut l’art de l’acteur, met au service de la littérature le plus exigeant des théâtres.
Manuel Piolat Soleymat
à 11h15. Relâche le jeudi. Tél. 04 32 74 18 54. Durée : 1h15.
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