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En adaptant pour la scène son roman Badjens, Delphine Minoui, journaliste et écrivaine franco-iranienne, rend hommage au désir de liberté des femmes iraniennes tyrannisées par un régime théocratique. Un geste théâtral intense et beau, incarné sur la scène du 11 • Avignon par Alice Rahimi.
Badjens : mauvais genre. En persan de tous les jours, espiègle ou effrontée. C’est le surnom que donne sa mère à la petite Zahra, qui dès sa naissance a tant déçu tous les hommes de la famille, parce que fille. Un surnom comme une amorce de subversion dans un monde entièrement régi par une loi décrétée et appliquée par les hommes. Journaliste et écrivaine franco-iranienne, lauréate du Prix Albert Londres en 2006, Delphine Minoui choisit divers moyens pour parler du monde dont, pour la première fois, le prisme du théâtre. Elle met en scène l’un de ses textes, né de sa connaissance de terrain, nourri par tant de paroles de ces femmes iraniennes souvent très jeunes qui risquent leur vie avec un courage et une audace incroyables. Comme à Shiraz, en octobre 2022, lorsqu’une adolescente a brûlé son voile avant d’être abattue.
Contre l’oubli
Ce geste artistique est une réussite. Il évite le piège de la littéralité. En conjuguant le jeu théâtral, la projection d’images d’archives, le chant et la création d’un paysage sonore, l’autrice-metteuse en scène parvient à entrelacer et confronter l’intime et le politique, l’intérieur et l’extérieur, les identités multiples, à donner corps à la puissance d’un désir de liberté qui s’élève contre une dictature religieuse d’une cruauté inouïe. « Je me parle à moi-même depuis ce corps qui ne m’a jamais appartenu », dit Badjen. La comédienne Alice Rahimi, née à Paris et d’origine afghane, incarne cette révolte avec intensité, accompagnée par la voix précieuse de la chanteuse Hura Mirshekari – en alternance avec Fiona Sanjabi –, par le guitariste et DJ Renaud Satre. À travers le destin de Badjen, ce sont toutes les femmes iraniennes, toutes les femmes asservies qui apparaissent, lançant leur cri de ralliement : « Femme, vie, liberté ! ».
Agnès Santi
à 22h05, relâche les 10 et 17. Tél. : 04 84 51 20 10. Durée : 1h15.
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