Dans « ∞ Infinity Loop », Kuo Shin Chuang réinvente les chants et danses autochtones et rituelles pangcah dans une réécriture contemporaine
Kuo‑Shin Chuang chorégraphe taïwanais [...]
Pour sa quatrième édition, le programme Interférences de la Févis invite le spectateur dans des immersions sonores qui repoussent les limites du concert et les clivages esthétiques. Mue avec Alexa Ciciretti, Benjamin de la Fuente et Samuel Sighicelli, Musical Conservation with a Bot de l’ensemble C Barré, et Good Road to follow par le Quatuor Béla illustrent cette inventive pluralité de registres.
Création portée par Sphota, une coopérative d’invention musicale fondée en 2000, Mue fait entrer en résonance les Sept papillons pour violoncelle solo de Kaija Saariaho avec une improvisation au violon et une spatialisation électroacoustique. Dans la salle de la Collection Lambert où est déployée l’éclatante fresque murale Wall Drawing #1143 de Sol LeWitt, Alexa Ciciretti, membre du Quatuor Béla, fait chatoyer les irisations de la partition de la compositrice finlandaise. La beauté extatique de chacune de ces sept miniatures, aux ondulations harmoniques qui semblent s’enrouler autour des cordes de l’instrument, est prolongée par les traits plus âpres de l’archet de Benjamin de la Fuente, comme autant de coups de griffe scalpant la texture acoustique, en un geste qui peut rappeler celui du plasticien Lucio Fontana. Les échos et les effets de nébulosité électro développés par Samuel Sighicelli forment un autre contraste, aux confins du silence, dans cette exploration suspendue hors du temps. Sans confondre ces trois moments qui forment la construction cyclique de cette traversée musicale d’une cinquantaine de minutes, cette immersion sensible, fusionnant stase sonore et mobilité imaginaire dans l’espace, forme un pont entre les différentes pratiques musicales contemporaines qui les magnifie subtilement les unes avec les autres.
Interactions facétieuses avec l’ensemble C Barré
A l’auditorium de la Fondation Lambert, le spectacle Musical Conversation with a Bot de l’ensemble C Barré propose une expérience interactive menée par un agent conversationnel, à la fois ludique et ancrée dans les enjeux artistiques que fait surgir, entre autres, l’intelligence artificielle. Au début de ce concert reprenant les codes du happening et des parcours combinatoires (littéraires, à l’exemple de l’Oulipo, cinématographiques, etc.), le public est invité à se connecter, sur son smartphone, à un réseau interne pour participer à une série de questions à choix multiples, et parfois, non sans humour, fortement orientés, qui déterminent le déroulement de la partition composée par Alexandros Markéas. Les cinq musiciens – clarinette, saxophone, violoncelle, contrebasse et percussions – dirigés par Sébastien Boin se prêtent avec gourmandise et appeaux obligés à cette navigation sonore, qui tire parti des ressources rythmiques et imitatives d’une écriture jubilatoire. Avec une pointe facétieuse presque rassurante, la conclusion résonne comme un aveu des limites de l’IA face aux interprètes, et plus particulièrement du chef, ordonnateur de la pulsation musicale, qui emmène l’auditoire dans une improvisation chorale, avant de lui laisser le mot sur le dernier son – le cri du cochon est celui qui est généralement plébiscité.
Le Quatuor Béla et le minimalisme américain, entre humour et épure sonore
Dans un format plus classique de concert, également à l’auditorium, le programme Good Road to follow du Quatuor Béla offre une autre condensation de ce mélange des registres, où le comique voisine avec le contemplatif, le sérieux de la tradition savante avec une décantation expressive. Les quatre solistes ouvrent leur récital avec Cat O’Nine Tails de John Zorn, un exubérant zapping où, entre de râpeuses dissonants qui s’amusent des clichés de la musique contemporaine, se succèdent des bribes, citations ou tournures à la manière des grands pages du répertoire pour quatuor. Si les Two studies on ancient Greek scales de Harry Partch pastiche l’antique, l’épure quasi wébernienne, tutoyant le murmure, des Structures de Morton Feldman, affirme une singularité plongeant l’auditeur dans une sorte de sédation extatique dont le compositeur américain est l’un des mages incomparables. Aux côtés des String songs de Meredith Monk et de la complexité apparente du String quartet n°1 de Conlon Nancarrow, on retiendra l’opus en ut majeur de Moondog, dont le manuscrit vient récemment d’être retrouvé et que les Béla ont été les premiers à ressusciter, avec un contrepoint dilué dans une lumineuse fluidité mélodique, et un finale articulé autour d’un ostinato, déjouant les académismes, confié au violoncelle. L’arrangement de Frédéric Aurier de Black page #2 de Frank Zappa referme cette mosaïque consacrée aux différents visages du minimalisme américain, en un enjambement des esthétiques qui est aussi l’une des colonnes vertébrales des propositions à l’affiche du programme Interférences de la Févis, la Fédération des ensembles vocaux et instrumentaux spécialisés qui, accueilli par la Fondation Lambert, investit pour le quatrième été le Off d’Avignon.
Gilles Charlassier
Mue, du 8 au 11 juillet à 10 heures ; Musical Conversation with a Bot, du 8 au 12 juillet à 15h15 ; Good Road to follow, du 8 au 11 juillet à 18h15. Tél. : 06 26 68 03 53. Interférences jusqu'au 17 juillet. www.fevis.com/interferences.
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