« Rosas danst Rosas » par Anne Teresa De Keersmaeker : une pièce fondatrice, vertigineuse et implacablement précise
Un Chaillot Expérience Iconiques qui ouvre [...]
Après les films, voici le spectacle catastrophe, un nouveau concept de (La) Horde, où le décor se détruit à grand fracas et la chorégraphie se désagrège dans la foulée, malgré l’agitation qui s’ensuit.
Avec Après moi le déluge, (LA)HORDE pousse son esthétique à saturation : une avalanche de moyens techniques, une machinerie spectaculaire, un décor qui se soulève, se fissure, ruisselle, se consume — mais rien qui ressemble à une chorégraphie. Le collectif, qui revendique le titre de Ballet de Marseille, semble avoir renoncé à la danse au profit d’un dispositif tapageur où l’agitation tient lieu d’écriture. Courses, alignements, portés, captations en direct, effets de plateau déjà vus ailleurs souvent mieux pensés : tout concourt à masquer le vide du geste. La bande-son, saturée de beats, de citations et de remix, cherche moins à soutenir un propos qu’à assommer le spectateur. L’imagerie convoquée — masques en latex, figures pseudo héroïques, atmosphère de série B — renforce une impression de faux grand spectacle, où le carton-pâte se prend pour une apocalypse. Mais derrière cette façade clinquante se dessine un horizon autrement plus inquiétant : une gestuelle viriliste, uniformisée, qui érige la domination physique en principe. La « horde » déboule comme un bloc, corps sculptés, muscles tendus, volonté d’emprise affichée. Aucun doute, aucune fragilité : une marche compacte, quasi militaire.
Spectacle cataclysmique
Les femmes y sont reléguées à des rôles problématiques : une danseuse traînée presque par les cheveux, une jeune femme inerte dans un bain de vapeur, scrutée par des faux vieillards faussement nus. L’agressivité omniprésente écrase toute nuance. Le spectacle semble fasciné par une énergie brute, une massification des corps, une esthétique qui flirte avec l’autoritarisme. Rien n’y dénonce notre époque : tout y célèbre au contraire un imaginaire où la puissance physique supplante la pensée, où l’effet remplace l’art, où l’image domine le geste. Sous ses artifices, Après moi le déluge apparaît comme une machine spectaculaire vide, qui rend désirable un monde où la démonstration prime sur l’intelligence du mouvement, où la chorégraphie disparaît derrière l’apparat. Une œuvre qui, sous couvert de fin du monde, érige la brutalité en horizon esthétique. Après eux, le déluge — ou plutôt, le néant.
Agnès Izrine
Du 5 au 12 septembre à 20h. Dimanche 6, samedi 12, à 15 h et 20 h. Tél. : 01 42 74 22 77. Durée 1h15.
Spectacle vu en juin 2026, 46e Festival Montpellier Danse, Le Corum.
Également : Grand Théâtre d’Aix-en-Provence les 10 et 11 décembre, Théâtre des Salins, Martigues le 6 février, MC2 - Grenoble du 11 au 13 mars, Maison de la danse de Lyon, du 19 au 24 mars, TAP Poitiers les 8 et 9 avril, Théâtre de Lorient les 4 et 5 mai, Comédie de Clermont du 26 au 28 mai.
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