La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien

Meg Stuart

Meg Stuart - Critique sortie Danse
Copyright : Tina Ruisinger

Publié le 10 octobre 2007

Une esthétique de la destruction

Une pluie, obstinée, déchire la lumière blanche, frappe le sol immaculé, et peu à peu corrompt le paradis de carton planté sur la scène. Un homme, seul vivant dans ce décor de jeux virtuels, se débat parmi les vestiges détrempés de son univers factice. Pour Blessed, Meg Stuart, chorégraphe américaine installée à Bruxelles, retrouve le danseur portugais Francisco Camacho. Ce solo de haute tension condense toute la violence, pleine d’espoirs, de la lutte pour la survie dans un monde en déréliction.

Quelle signification donnez-vous à l’eau, élément omniprésent ?

J’ai été très marquée par le désastre causé en 2005 par l’ouragan Katerina sur la Nouvelle-Orléans, ma ville natale. Tous ces gens errant dans les rues, luttant pour survivre au jour le jour… L’eau peut évoquer cette catastrophe, mais aussi la crise du climat ou les larmes d’un futur incertain. Ou bien la vie dans une favela, le quotidien d’un SDF… Le sens reste ouvert. Cette pièce met en jeu une réflexion sur la survie, sur ce qui nous donne la foi pour nous battre, pour continuer et reconstruire. Pourquoi et en quoi croyons-nous ? Quel sens donnons-nous à cette lutte ?

« Cette pièce met en jeu une réflexion sur la survie. »

Le titre, « Blessed », porte une connotation religieuse. Introduit-il l’idée de l’art comme consolation ?

Toute expérience qui nous rapproche de notre vérité est une bénédiction. L’art ouvre l’accès à nos frayeurs cachées, nos traumas intimes, nos pensées noires. Il les amène à la vie et les rend visibles. Sur scène, l’homme montre comment, à travers son corps, il parle à un autre invisible, logé dans son esprit. Dévoiler ce qui est masqué, enfoui au plus profond de soi, apporte toujours une consolation, car cela signifie que quelque chose se révèle et se transforme.

Quelle est la puissance sensible de cette « esthétique de la destruction » ?

Je m’intéresse moins à l’accident qu’à ce qui se passe après, c’est-à-dire aux conséquences, à la lente phase de reconstruction. J’essaie de montrer comment les individus et les paradigmes s’adaptent, se métamorphosent lorsqu’ils sont confrontés à une situation extrême, comment le corps écoute et réagit. Peut-être l’art apporte-t-il de l’empathie, plus que de la consolation. Je ne pose pas un code moral mais une question éthique : jusqu’où et que pouvons-nous donner aux autres, quelles sont les limites de notre compassion ?

Comment avez-vous travaillé avec Francisco Camacho ?

Il a dansé dans ma première pièce, Disfigure study. Nous nous connaissions donc déjà. Nous avons pu avancer en discutant et en expérimentant, scène après scène. Il a improvisé, répondu à mes propositions, donné ses suggestions et, à partir de ces matériaux, j’ai construit ce qui fait sens pour sa personnalité. J’aime travailler ainsi. Dans cette pièce, la danse, la scénographie, la musique, les lumières et les costumes revêtent une même importance et concourent à l’intensité émotionnelle.

Entretien réalisé et traduit par Gwénola David


Blessed, de Meg Stuart, dans le cadre du Festival d’Automne, du 24 octobre ay 2 novembre 2007, à 21h, relâche dimanche et lundi, au Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, 75011 Paris. Rens. 01 43 57 42 14 et www.theatre-bastille.com.

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