« Out/side » de Mwendwa Marchand et Carl Dhélot
Avec Out/side et leur dancehall, Mwendwa [...]
Qu’est-ce qui se joue dans les rapports qu’entretiennent ces drôles d’animaux que sont les humains, ces bipèdes sociaux accros aux relations – souvent conflituelles ? Réponse avec cette Pédagogie du confit (ou comment bien jouer à la bagarre).
« Non, l’Homme ne descend pas du singe, affirme Evelyne Hayer, biologiste et professeure d’anthropologie génétique au Muséum national d’histoire naturelle, pour la bonne raison qu’il en est lui-même un ». En écho, disent Mathieu Desseigne et Lucien Reynès, « Il n’y a qu’un humain qui ne connaît pas sa place dans le monde, et pour cause, la catégorie humain n’existe pas ». C’est donc bien un animal, mais, « un méchant, un barbare, un féroce ! » . Tout Une Pédagogie du conflit se fonde sur le fait que seul l’homme « animal nu, sans poils ni griffes, aux muscles atrophiés » est meurtrier de son espèce, car « il ne sait pas jouer à la bagarre ». Mais loin d’être un spectacle didactique, c’est un duo à la fois drôle, tendre et touchant, parfaitement bien chorégraphié, passant du main à main au jiu-jitsu, du contact improvisation à une forme de tango ou de valse qui se métamorphosent au gré des prises et des crises entre ces deux hommes.
Un pas de deux tout en ruptures
S’ils commencent perchés sur des enceintes, un micro à la main, ils passent vite au sol, et se lancent dans une sorte de travail d’approche maladroit. Leur cousin commun apparaît en filigrane dans ces bustes très légèrement penchés vers l’avant dans un déplacement subtil du poids du corps. Ils essaient de se toucher mais s’attrapent au poignet, ils tentent de s’empoigner mais s’embrassent. Tout cela donne un très joli pas de deux, avec des portés aussi impressionnants qu’astucieux, tout en défis et en défenses, qui tangue du heurt à la douceur. Les micros et les haut‑parleurs, disposés comme une tribune, amplifient les respirations, les impacts, les silences : on entend le conflit autant qu’on le voit. À mesure que la pièce avance, la lutte se transforme en dialogue physique, puis en une forme de bromance. Les deux interprètes passent d’un état à l’autre : séparation, rapprochement, tension, abandon. Ils se cherchent, se repoussent, se rattrapent comme si chaque geste tentait de comprendre ce qui, dans le conflit, relève de la violence ou du besoin de l’autre. Mais à la fin, quand la lumière devient pénombre, on se dit que ce corps-à-corps n’est peut-être pas de l’amour, mais qu’en tout cas, ça lui ressemble.
Agnès Izrine
à 15h50. Les jours impairs. Tél. : 04 84 51 09 11. Durée 1h.
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