« Douze – La Vie en alexandrins » par Jean-Pierre Brouillaud
Enseignant universitaire en droit, mais aussi [...]
Johann Le Guillerm propose ses expérimentations utopiques et singulières dans Terces, évolution sous chapiteau de son projet au long cours de compréhension du monde. Un défilé d’apparitions, de mutations, de locomotions, de constructions…. Imposant.
On le reconnaît au premier coup d’œil : pantalon à taille haute, fine tresse tombant au milieu du dos, aura de chamane. Voilà une vingtaine d’années que Johann Le Guillerm travaille à une œuvre mouvante et protéiforme nommée Attraction, projet empirique sur la transformation du réel qui s’exprime par le biais de différents types de monstrations : expositions, performances, installations, objets sous chapiteau se réinventant à partir d’un même spectacle, Secret, créé en 2003. Cette proposition sur piste a donné naissance à Secret (Temps 2) en 2012 et se renouvelle aujourd’hui à travers Terces (Secret écrit à l’envers), suite d’expérimentations sur la matière et l’espace mettant à l’épreuve le passage de l’inerte au mouvant, sinon au vivant. Ce monde peuplé de lucidités nous parle de ce que nous voyons et de ce que nous pourrions voir. Il décale notre regard, nous intrigue, nous surprend, nous subjugue, nous ramène à un état de perception exempt de catéchisme.
Une mise en mouvement du monde
Il commence par s’emparer de presque rien : une feuille de papier qui, pliée en avion, devient l’objet de manipulations toutes simples. Rien d’extraordinaire et pourtant quelque chose, déjà, s’impose d’une consistance, d’une réflexion, d’une quête qui prendra toujours plus d’ampleur au fil du spectacle. Puis Johann Le Guillerm fait se déployer un instrument monumental, donnant lieu à un emballement de formes, d’aspects, de volumes. Des machines ésotériques traversent la piste sous l’impulsion d’enchaînements de causes et d’effets insoupçonnés. Des phénomènes d’équilibre, de rapports de forces, d’agencements improbables bousculent nos repères pour nous plonger au sein d’un univers à la mesure de son créateur-sculpteur-concepteur. Cet univers-laboratoire, quoique nourri par de belles ambiances sonores, de vastes jaillissements imaginaires, se passe de cadre dramaturgique. Ici, les observations et les protocoles se succèdent sans avoir besoin de se raccrocher à une histoire. Explorateur dans l’âme, Johann Le Guillerm nous invite à partager ses recherches, ses étonnements, ses obsessions. Ainsi que sa pensée iconoclaste, qui ouvre d’enthousiasmantes possibilités de redécouvertes.
Manuel Piolat Soleymat
à 22h, relâche les 11, 15 et 18. Tél : 04 90 14 14 14. Durée: 1h25. Spectacle vu au Palc – Pôle national cirque.
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