« Dysfonction(ELLES) » d’Elisabeth Gentet-Ravasco interroge à travers une fiction familiale le poids de l’héritage, la transmission des traumas
Pièce pour trois comédiennes et une [...]
Sandrine Anglade met en scène un Conte d’hiver exceptionnel au Théâtre du Chêne noir. Intelligence dramaturgique, beauté plastique, alliance jouissive du rire et de l’émotion : quel talent !
Entre Léonte et Polixène, l’amitié est si grande que le premier est prêt à tout pour retenir le second auprès de lui. Il charge sa femme, la pure et honorable Hermione, d’insister pour que le roi de Bohême prolonge son séjour à la cour de Sicile. Mais les caresses rhétoriques de la reine font naître une jalousie féroce dans l’esprit de Léonte qui, accusant la vertu, provoque l’exil et la mort des siens. L’âme glacée du roi doit attendre seize longues années avant d’obtenir le pardon de ceux qui se sont obstinés à sauver l’amour pour que la parole de l’oracle se réalise : il faut que ce qui a été perdu par le tyran imbécile et brutal soit retrouvé pour que la vie continue. Le génie de Sandrine Anglade est de réussir, avec ce spectacle, à transformer l’histoire de ces rois maudits en une parabole politique absolument sidérante d’intelligence et de justesse, qui illustre de façon magistrale les pouvoirs du théâtre.
La vie, l’amour, la joie
En notre époque où règne le désespoir, où l’on sacrifie l’amour, le partage et la générosité au nom de calculs et de caprices détestables, où des despotes infantiles immolent l’avenir des enfants sur l’autel de leur narcissisme, on peut faire le pari de la fête collective (qui associe, sur scène, les spectateurs volontaires dans une frairie radieuse), de la vérité tenace (glorieuse Paulina !), de la dévotion (malheureux Antigonus !), de l’amour et de la jeunesse victorieuse, pour que soient terrassées les passions tristes. Dans cette pièce bifrons, la comédie l’emporte sur la tragédie. Les acteurs de cette troupe magnifique (Héloïse Cholley, Florent Dorin, Damien Houssier, Laurent Montel, Nina Petit, Sarah-Jane Sauvegrain et Rony Wolff) sont tous brillantissimes. Leur capacité à interpréter, transmettre et partager les émotions que traversent leurs personnages est époustouflante. Dans sa forme (participative), autant que dans son fond (le récit de la victoire de la vie sur les forces mortifères), ce spectacle est théâtralement et politiquement passionnant. Si, comme Léonte, nous souffrons aujourd’hui à cause de notre bêtise, de notre aveuglement et de notre égoïsme, allons voir les moutons rigolos, l’ours hilarant, les gentils bergers extravagants danser sous le lustre de ce Conte d’hiver : ils sont, mieux qu’une consolation, la promesse d’une vie meilleure où le collectif solaire et irradiant de bonté sauve les cœurs frigides. Contre l’hiver de notre déplaisir, Sandrine Anglade et les siens nous font croire en l’été !
Catherine Robert
à 12h30. Relâche les 6, 13 et 20 juillet. Relâche le lundi. Tél. : 04 90 86 74 87. A partir de 12 ans. Durée : 1h50.
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