La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon / 2026 - Entretien / Arnaud Anckaert

Arnaud Anckaert met en scène « Blackout Songs » de Joe White, entre violence, addiction, amour et tendresse

Arnaud Anckaert met en scène « Blackout Songs » de Joe White, entre violence, addiction, amour et tendresse - Critique sortie Avignon / 2026 Avignon Avignon Off. Le 11. Avignon
Arnaud Anckaert / DR

Le 11 • Avignon / texte de Joe White / traduction Claire Hélie / mise en scène Arnaud Anckaert

Publié le 3 juin 2026 - N° 345

Fidèle à son exploration des écritures britanniques contemporaines, le metteur en scène Arnaud Anckaert met en scène Blackout Songs de l’auteur méconnu en France Joe White. À travers l’histoire d’un couple traversé par l’addiction à l’alcool, aux prises avec une mémoire trouée, la pièce sonde le désir d’exister et la force de l’imaginaire.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans l’écriture de Joe White ?

Arnaud Anckaert : Cela fait partie de mon ADN de défricher les écritures britanniques d’aujourd’hui. J’aime ces textes car ils sont toujours intimement portés par une charge émotionnelle intense et des relations complexes à explorer. Après avoir fait découvrir ou contribué à faire connaître au public français Duncan Macmillan, Nick Payne ou encore Dennis Kelly, il me semblait essentiel de mettre en scène ce texte, créé pour la première fois en France. C’est un engagement fort, soutenu par la région des Hauts-de-France, sans qui cette aventure avignonnaise ne serait pas possible. J’ai souvent mis en scène des binômes, des histoires de couples face à une épreuve, face à la difficulté d’aimer, ce qui est chaque fois l’occasion d’un travail approfondi avec les comédiens et comédiennes. Dans cette pièce qu’interprètent Fabrice Gaillard et Caroline Mounier, que je connais bien, un couple fait face à l’emprise de l’addiction. Si l’alcool est omniprésent dans le récit, j’ai fait le pari de ne montrer qu’un seul verre sur scène. L’univers déployé est mental.

« On dépasse la maladie pour toucher à une grande affectivité, à l’amour. »

De quelle manière est abordée la thématique de l’addiction ? Que fait-elle émerger ?

A.A. : Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est que la pièce explore cette thématique ordinaire, qui nous concerne tous à des échelles diverses, de manière profondément humaine, bien au-delà de sa dimension médicale. On dépasse la maladie pour toucher à une grande affectivité, à l’amour. Lui est peintre, dans une représentation héritée de l’histoire de devoir aller au bout de sa souffrance pour créer ; la pièce interroge finement cette représentation romantique de l’art. Elle écrit des histoires. Le présent leur échappe complètement. Ils ont une mémoire trouée, désordonnée. Le texte explore l’unité perdue de leur couple, la difficulté à se séparer. Ce sont deux artistes qui aspirent à l’absolu, deux êtres qui ressentent un manque fondamental qu’ils s’efforcent de combler. Tous deux inventent des récits imaginaires pour tenir debout, pour compenser leur mal-être, entre jeux de rôles et blackouts. Cette force de la fiction me fascine.

Est-ce d’une grande noirceur ? Y a-t-il une British touch ?

A.A. : Malgré le tragique et la violence qu’entraîne l’addiction, le texte agit comme une libération, où émergent aussi la tendresse et l’humour. On retrouve ici la vivacité typique des écritures anglo-saxonnes. Les personnages se font des blagues, inventent des jeux de rôles. Le texte emmène vers la difficulté d’habiter le présent, mais aussi vers la possibilité d’en sortir. L’un prend soin de l’autre avec ses failles, dans une relation de sauvetage qui me touche. C’est un spectacle sur l’amour, où les personnages revisitent leurs liens à l’enfance, leur représentation du monde.

 

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

Blackout Songs
du samedi 4 juillet 2026 au jeudi 23 juillet 2026
Avignon Off. Le 11. Avignon
11 boulevard Raspail, 84000 Avignon

à 12h05, relâche les 10 et 17. Tel :  04 84 51 20 10. Durée : 1h20.

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur Avignon en Scènes

S'inscrire