« L’Art de la chute » Gaëlle Axelbrun, Marie de Dinechin, Morgan·e Janoir, Pierre Koestel, Iris Laurent, Emmanuel Linée et Yanis Skouta témoignent de leur vécu
Gaëlle Axelbrun, Marie de Dinechin, Morgan·e [...]
Portés par leur volonté de mettre en scène les ultra-riches dans un monde qui court à la catastrophe, Marion Siéfert et Matthieu Bareyre ont fabriqué un objet théâtral centré sur un magnat de l’industrie pétrochimique terré dans un bunker. Une représentation hallucinatoire, où s’exacerbent la perversion des relations et la faillite du langage. Une pièce originale, étrange, symptomatique d’une déliquescence qui contamine tout.
Dénoncer et exposer les ultra-riches « dans leur trivialité, leur quotidien et leurs pulsions ». C’est ce qu’annoncent Marion Siéfert et Matthieu Bareyre, et qu’ils transposent dans leur langage théâtral en un objet original, captivant et tout en aspérités, malgré quelques longueurs et certains aspects convenus. Au-delà du message accusatoire, il se dégage une étrangeté désespérante de ce huis clos sans chaleur humaine, une étrangeté et une radicalité alimentées par des dysfonctionnements extrêmes. À commencer par cet étonnant bunker, flanqué de multiples issues de secours, parsemé de bouches et tuyaux à incendie, qui n’a rien d’un espace de vie tout confort, mais ressemble à un no man’s land habité de paranoïa. Au centre du jeu, magistralement interprété par Charles-Henri Wolff, un magnat de l’industrie pétrochimique, haïssable en tous points, mais aussi ridicule et pitoyable. Paul Marvilliers est un patron augmenté d’implants neuronaux, qui lui permettent notamment d’améliorer ses performances boursières en spéculant à la vitesse de l’éclair, avant de dérailler. Mais aussi un homme très diminué, une sorte de pantin, sans affects et sans scrupules, qui se soumet aux directives d’un neurochirurgien, aux injonctions d’un coach sportif, qui se fait ensuite prêtre. Au cœur de cet enfermement aussi physique que mental, la conviction brandie et la folle ardeur de chacun sont symptomatiques d’une déliquescence généralisée. Tous trois sont puissamment incarnés par Lorenzo Lefebvre.
Un univers sans issue
Logiquement, la dimension familiale est elle aussi présente de manière très tranchée. Paul est sous l’emprise de la voix de sa mère (celle de Monica Budde), hors champ, qui lui donne des ordres et l’admoneste. Quant à son père, il semble qu’il l’ait abandonné. Paul ne voit plus son fils Anderson et vit avec sa fille Ami, bien interprétée par la danseuse Janice Bieleu, qui participait à Du sale !, créée par Marion Siéfert en 2019. Lors d’une scène inaugurale qui s’étire Ami manie des couteaux puis plus tard bande son arc et s’exerce sur des cibles. Sa voix calme et posée se fait parfois entendre en voix off, puis lors d’une lettre au père, rare moment empreint d’émotion, de lucidité, lorsque, enfin, le langage n’est pas un évitement. Pour marquer son opposition au père, Ami choisit le silence, y compris lors d’un repas cocasse avec poulpe géant. Ce silence est-il un geste fort ou un geste vain ? Après _jeanne_dark_, autour de la vie d’une adolescente qui se déploie sur Instagram et sur scène, puis Daddy, où les réseaux sociaux donnent prise aux mécanismes de prédation, l’enjeu des nouvelles technologies imprègne Bunker plutôt comme un symptôme aigu. Nourri d’un regard tranché sur le monde, le huis clos déploie une représentation hallucinatoire habilement mise en forme, remarquablement interprétée. En actant à ce point la faillite des mots et la perversion des relations, la pièce appelle à la nécessité du langage, de la pensée, plutôt qu’à une révolution de pacotille.
Agnès Santi
lundi, jeudi et vendredi à 20h, samedi à 18h, dimanche à 16h. Tél. : 01 41 32 26 26. Dans le cadre du Festival d'Automne à Paris. Durée : 2h30. Spectacle vu à La Fabrica, Festival d’Avignon 2026.
Tournée, les 3 et 4 octobre, la Friche la Belle de Mai, Marseille ; du 8 au 10 octobre, Théâtre de la cité internationale, dans le cadre du Festival Transforme de la Fondation Hermès, et du Festival d'Automne ; les 14 et 15 octobre, Malakoff scène nationale - Théâtre 71 ; du 3 au 13 novembre au Théâtre national de Strasbourg ; les 4 et 5 décembre à Anvers ; les 16 et 17 décembre à Points Communs, Cergy-Pontoise ; les 19 et 20 janvier à La Comédie de Clermont-Ferrand ; du 26 au 30 janvier aux Célestins, Théâtre de Lyon ; les 2 et 3 février à Bonlieu scène nationale Annecy. Puis jusqu’en juin 2027.
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Après une Première Époque consacrée à l’année [...]
Après le mémorable La réponse des Hommes [...]