« Orso et moi », Mis en scène par Justine Heynemann : Géraldine Martineau participe avec sensibilité au renouvellement en cours des récits sur la maternité
Avec Orso et moi dont elle signe le texte et [...]
Jacques Osinski met en scène Sandrine Bonnaire dans le dernier texte de la fulgurante Sarah Kane. Un spectacle grave, terrible et intense : un soleil noir et ardent pour notre époque de catastrophes.
« Après 4h48 je ne reparlerai plus. », écrivait Sarah Kane : son suicide a rendu cette annonce prophétique. Montée pour la première fois à Londres, en 2000, quelques mois après la mort de son autrice, la pièce a été créée en français par Christian Benedetti en 2001, reprise l’année suivante par Claude Régy. Un quart de siècle a passé depuis, et il est passionnant d’entendre ce texte après la série d’événements infernaux et de crises sanglantes qui a secoué le monde depuis qu’il est entré dans le nouveau millénaire avec le 11-Septembre. Edward Bond disait, à propos de 4.48 Psychose, « cet avis de suicide est votre nécrologie ». La mise en scène de Jacques Osinski et l’interprétation par Sandrine Bonnaire de la pièce, nouvellement traduite par Vanasay Khamphommala, l’établissent avec une force sidérante. Ni cri, ni éclat ; un corps fiché sur la scène comme s’il était déjà mort ou revenait parler d’outre-tombe : le récit de la psychose semble devenu les mémoires de notre époque, hagarde, shootée aux antidépresseurs, aboulique, sans désir ni jouissance, dans la solitude d’épouvante d’un solipsisme qui n’aurait plus rien à regretter en quittant le monde abject dans lequel la médecine tente de le maintenir. Cette nouvelle version est celle d’après la colère, d’après la lutte et donc d’après tout espoir possible.
Au-delà de la colère
« La dépression, c’est de la colère », dit Sarah Kane. Sandrine Bonnaire paraît la couver en elle sans qu’elle explose complètement : de même, la trappe ne s’ouvre pas, de même, Frédéric Leidgens, dont le visage apparaît à l’écran dans le rôle d’un thérapeute doté de « clients » et non pas de patients, dit trop qu’il comprend pour vraiment comprendre. Devant ce visage omniprésent qui peut être celui de tous les gardes-chiourmes de la folie moderne, pères, flics et pourvoyeurs de drogues anesthésiantes, la solitude de la folie acculée à l’autophagie est atroce. Infiniment poignante puisqu’infiniment seule, Sandrine Bonnaire campe un personnage qui semble n’avoir même plus la possibilité de mourir pour espérer sortir d’elle-même : elle reste sur scène à la fin, et c’est de l’écran que son visage tourmenté se retire. Enfermée dans les limites topiques de son malaise, la psychose est sans issue. Et « ce n’est pas de sa faute », comme le martèle Frédéric Leidgens : il est évident qu’aujourd’hui, le monde est malade, n’est plus désirable pour personne et que la folie a gagné. Dans ce monde qui prépare l’anéantissement de tout, y compris de la catastrophe, sans accueil possible, sans réserve et sans pause, la tragédie est déjà un souvenir. Sandrine Bonnaire est formidable – c’est-à-dire redoutable – en passeuse sans passage.
Catherine Robert
Du jeudi au samedi à 19h ; dimanche à 15h. Durée : 1h15. Tél. : 01 46 06 49 24.
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