La compagnie singapourienne Nine Years Theatre présente « Waiting for Audience » mis en scène par Nelson Chia
Waiting for Audience est un spectacle de [...]
Avec Cédric Colas et Sara Montpetit dans les rôles d’Arnolphe et Agnès, Frédérique Lazarini s’empare de L’École des femmes. Elle crée un conte d’hier et d’aujourd’hui à la fois drôle et glaçant, qui célèbre la puissance libératrice de l’amour en faisant place à la complexité stimulante de l’œuvre.
Que de mises en scène a connues la comédie de Molière, par les plus grands noms du théâtre – dont de nombreux hommes. Sous la signature de Frédérique Lazarini, L’École des femmes devient un conte drôle et glaçant, un conte d’hier et d’aujourd’hui révélant à la fois les dysfonctionnements d’un homme qui confond l’amour et la possession, et la puissance libératrice de l’amour qui s’impose d’évidence. Les vers de Molière résonnent d’une actualité certaine, servis par une inventivité qui fait mouche. Ici se conjuguent farce clownesque, tragédie de l’asservissement, parcours initiatique d’une jeune fille destinée à devenir une épouse obéissante mais qui apprend grâce à l’amour à se libérer. Les élans du cœur rejoignent ceux de l’esprit, dans un souffle de liberté. Le projet initial était pourtant tout tracé, fort d’un emprisonnement intégral. Le seigneur et maître Arnolphe a enfermé sa pupille Agnès dans un couvent, l’isolant du monde depuis l’enfance, pour enfin épouser sa protégée promise à le servir. Si ce n’était un heureux et invraisemblable hasard, la comédie aurait pu mal finir… La mise en scène exacerbe les situations sans jamais trop en faire, se plaît à laisser surgir l’humour, à faire émerger la complexité et l’humanité des personnages. Elle décoche ses flèches contre un patriarcat mêlé de pédophilie, montre aussi la fulgurante souffrance d’Arnolphe qui voit sa si précieuse propriété lui échapper.
L’amour est un grand maître
Comme les costumes tous contemporains (à l’exception d’un seul, fort à propos laissé dans son jus, qu’on vous laisse découvrir), la scénographie signée par François Cabanat et le dispositif vidéo conçu par Hugo Givort ancrent la pièce dans notre modernité. À cour, une cage de verre, abritant la chambre d’Agnès, aux murs garnis de patrons de couture. À jardin, un matériel de surveillance avec écrans vidéo. Si cette surveillance continue concrétise la volonté de contrôler la jeune fille, elle est aussi et peut-être surtout le signe de la pathologie d’Arnolphe, jaloux obsessionnel condamné à l’échec. La coercition n’est-elle pas un aveu d’impuissance ? La réussite de la mise en scène doit aussi beaucoup à la singulière relation qui se tisse entre Arnolphe et Agnès. Lui avec son sac Pronuptia, sa mise impeccable, bardé de certitude et d’assurance. Elle avec son écharpe à pompons et son bonnet rose, ingénue mais pas sotte, découvrant le monde et l’amour en la personne du charmant Horace. Fidèle de la scène du XIème arrondissement, Cédric Colas est absolument remarquable d’intensité en Arnolphe, dans sa violence mais aussi son humanité. La toute jeune comédienne québécoise Sara Montpetit interprète de manière saisissante l’enfant naïve qui se rebelle avec la spontanéité qui la caractérise, ignorante des hypocrisies et des manières du monde. Guillaume Veyre, Emmanuelle Galabru et Alain Cerrer complètent impeccablement la distribution. Une belle réussite, ici et maintenant !
Agnès Santi
à 10h15, relâche les 6, 13 et 20 juillet. Tél. : 04 90 86 74 87. Durée : 1h30. Spectacle vu au Théâtre Artistic Athévains à Paris.
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