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Théâtre - Critique

« Tanto poco », Cécile Garcia Fogel magnifiquement traversée par l’existence d’une invisible

« Tanto poco », Cécile Garcia Fogel magnifiquement traversée par l’existence d’une invisible - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt
Cécile Garcia Fogel dans Tanto poco. © Pascal Gely

Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt / d’après Marco Lodoli / adaptation et mise en scène Cécile Garcia Fogel

Publié le 30 août 2026 - N° 346

Seule sur un bout de plateau, au sein d’un dispositif scénique qui laisse de côté toute idée de grandiloquence, la comédienne Cécile Garcia Fogel fait théâtre du roman de Marco Lodoli. Une plongée simple et essentielle au cœur de la fragilité d’une femme complexe. Magnifique.

« La vie est changement, je sais ça, moi j’ai toujours été au même endroit, immobile, racine piquée dans une dévotion qui est peut-être de l’amour ou peut être simplement de la peur. » En quelques mots, tout est dit. Les mots d’un personnage qui exerce le métier de concierge dans un lycée de la banlieue de Rome. C’est là que la narratrice de Tanto poco, roman de l’écrivain italien Marco Lodoli publié en 2024 aux Éditions P. O. L. (dans une traduction de Louise Boudonnat), fait la rencontre d’un jeune professeur de lettres dont elle s’éprend immédiatement. Elle garde pourtant sa ferveur secrète, observe l’élu de son cœur de loin, mène la vie marginale et introspective d’une femme qui choisit de rester à la place qu’elle pense être la sienne, pendant que celui qu’elle aime prend son envol. Matteo fonde une famille et devient un écrivain célèbre. Les années passent et les sentiments perdurent. Durant près de quarante ans, l’amoureuse clandestine ne vivra que par et pour cet homme qui, sans le savoir, est l’épicentre de son existence. C’est Cécile Garcia Fogel qui donne corps au charme particulier de cette âme solitaire : entre clairvoyance et aveuglement, détermination et fragilité.

Quarante ans de solitude

La singularité de cette interprétation opère au sein d’un espace pauvre, devant un paravent qui crée un endroit de fortune faisant office de coulisse. Un fauteuil, un tapis, une table, une chaise, un vase contenant quelques fleurs composent le décor sans chichi de l’univers qu’a imaginé Cécile Garcia Fogel pour se laisser traverser par le texte de Marco Lodoli. Ce n’est pas vraiment la valeur littéraire de l’œuvre que transmet cette adaptation de Tanto poco, pas vraiment sa densité stylistique. Le champ de la littérature cède la place à l’évidence charnelle et vitale du personnage auquel la comédienne, également metteuse en scène, confère une délicatesse teintée d’élégance. À la faveur d’un travail tout en creux et intériorité, Cécile Garcia Fogel éclaire les paradoxes, les vulnérabilités, les désirs bafoués et idéaux enfouis d’un être déchirant. On suit cette femme de la vingtaine à la soixantaine. On l’écoute. On la regarde. On se met, peu à peu, à l’aimer. « Le monde est partout, tout existe en chacun de ses points, c’est la vérité, je le sais », confie-t-elle avec innocence, le regard toutefois troublé. Certes, le monde est partout. Le théâtre, lui, se trouve ici dans l’art d’une actrice qui n’use d’aucun artifice, d’aucune facilité naturaliste, pour révéler l’humain.

Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

"Tanto poco"
du dimanche 27 septembre 2026 au samedi 3 octobre 2026
Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt
2, Place du Châtelet 75004 Paris

du mardi au samedi à 20h sauf le samedi 3 octobre à 18h, le dimanche à 15h. Tél : 01 42 74 22 77. Spectacle vu au 11 • Avignon. Durée : 1h.

 

 

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