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Leçon politique et chromo historique autour du sauvetage de Paris à la Libération : Dominique Pinon et Bruno Putzulu incarnent la rencontre tendue entre Raoul Nordling et Dietrich von Choltitz.
Quinze ans après Niels Arestrup et André Dussollier dans la mise en scène de Stéphan Meldegg, dont Béatrice Agenin était alors conseillère artistique, celle-ci reprend la pièce de Cyril Gely en confiant les rôles du militaire loyal et de l’humaniste courageux à Dominique Pinon et Bruno Putzulu, accompagnés par Amine Chaïb et Valentin Martinie dans la traversée de cette soirée orageuse. Dans la nuit du 24 au 25 août 1944, Raoul Nordling, consul général de Suède à Paris, s’introduit à l’hôtel Meurice, quartier général du commandement militaire allemand de la garnison de Paris, par la porte dérobée qu’utilisait Napoléon III pour y visiter sa maîtresse, Miss Howard. Sans Raoul Nordling, des otages auraient été exécutés, des prisonniers politiques déportés, les trois gaullistes Parodi, Pré et Laffon n’auraient pas été libérés, et Paris aurait été plus détruit qu’il ne le fut. Cyril Gely concentre l’action sur cette dernière question : un plan de la ville, installé au milieu du bureau du gouverneur militaire, montre le projet de faire sauter les ponts pour inonder la capitale, et de dynamiter les bâtiments emblématiques de la Ville Lumière.
Au nom de tous les siens
Béatrice Agenin installe les comédiens dans le réalisme du décor de Catherine Bluwal, éclairé par Laurent Béal et Didier Brun. Dominique Pinon campe avec superbe un Dietrich von Choltitz pulmonaire, taraudé par les crises d’étouffement et le doute sur la nécessité de demeurer loyal à un Hitler éructant et écumant, prêt à immoler non seulement Paris mais aussi l’Allemagne par son jusqu’au-boutisme suicidaire. Dietrich von Choltitz est surtout inquiet du sort de sa famille, gardée en otage en Allemagne pour que le Reich soit certain qu’il préfèrera son sort à celui des Poulbots parisiens. Bruno Putzulu incarne Raoul Nordling avec la retenue compassée d’un diplomate adamantin, ayant toujours un coup d’avance sur le militaire qu’il tâche de convaincre. Victoire de la parole sur la force, de l’intelligence calculatrice sur la brutalité mécanique de l’obéissance aux ordres : Nordling l’emporte sans crier, en rappelant au général qu’il a trois enfants à sauver. Quand on se souvient qu’un million et demi d’enfants de moins de quinze ans furent assassinés en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, l’argument diplomatique force l’amertume, mais atteste, encore une fois, que la guerre est une chose trop grave pour la confier à des militaires !
Catherine Robert
Du mardi au samedi à 21h.
Tél. : 01 43 87 23 23.
Durée : 1h20.
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