« Un lundi au soleil ? » du chorégraphe néerlandais Arno Schuitemaker
Avec Monday, le chorégraphe néerlandais Arno [...]
Danse contemporaine - Critique
Dans un univers cinématographique ultra-référencé, la nouvelle pièce de Solène Wachter, fait des rouages et des faux-semblants une véritable danse.
Autant son solo For you / Not for you transportait sa délicatesse dans le mystère d’un dévoilement, autant Machine à Spectacle n’y va pas avec le dos de la cuillère. Mais les deux ont en commun le désir de jouer la face A et la face B du spectacle, l’envers du décor, ce qu’on choisit de montrer ou non. Solène Wachter plonge en effet sa nouvelle création, et de façon assez littérale, dans les coulisses du cinéma d’action. Dans une boîte noire à l’allemande, sobre et austère, une femme au tibia bionique entame une danse vive et tranchante dans l’espace qui finira comme un combat contre un partenaire invisible. Ce qui ne l’est pas en revanche, ce sont les autres femmes venues la rejoindre pour « accompagner » son geste. Les voilà dépositaires de didascalies techniques tout droit issues d’un plateau de cinéma, balançant des ordres, lançant des effets, envoyant la lumière, la fumée, le vent, les crocodiles… Le tout devient une chorégraphie drolatique où les gestes de l’une et des autres finissent par se rejoindre, se confondre, se décaler, et évidemment, la tempête promise ne jamais advenir, puisque tout se passe dans les mots et les corps. Mais la scène de genre a bel et bien existé : Solène Wachter a créé un imaginaire fort et référencé en actionnant les ficelles de l’invisible avec intelligence et humour.
Entre collectif et solitude
La pièce se poursuit à travers un second dévoilement : les velours sont repliés, et le fond de scène révèle un théâtre de panneaux en tôles ondulées aux rideaux de lés en plastique bleu. Les danseuses assument leurs rôles de Lara Croft ou d’héroïne à la Kill Bill tant leurs gestes évoquent des scènes de combats, chorégraphiées au millimètre. Dans un dispositif d’avant-scène et d’arrière-scène, qui pose la question de la doublure et de ce qui est caché, les corps dansent autant qu’ils fusent. Equipés ensuite de harnais (et de tapis de réception), la course, la chute, la répétition, l’entrainement montrent un corps emporté dans ses élans puis brusquement retenu, empêché. L’environnement subit les mêmes contraintes, entre projecteurs ou cloisons qui s’effondrent, et sons fabriqués en direct dont un fabuleux solo de caisse claire. Dans ce vaste tricot entre faux-semblants et vrais-semblants, où toute une industrie se coordonne dans une fabrique de l’imaginaire que Solène Wachter fait reposer sur les outils du corps et du théâtre, émerge la question de l’acte collectif, et de la solitude de la cascadeuse, de la performeuse, qui vient clore la représentation.
Nathalie Yokel
Les 14 et 16 octobre à 19h30, le 15 à 14h30, et le 17 octobre à 17h. Tél. : 01 53 65 30 00.
Tournée :
Le 9 décembre à La Pléiade - La Riche, Spot Région avec le Centre Chorégraphique national de Tours. Les 21 et 22 janvier, Pôle sud, CDCN de Strasbourg. Le 9 février, La Halle aux Grains, Blois. Les 11 et 12 février à la Scène Nationale d’Orléans. Le 16 février à L’Equinoxe, Châteauroux. Les 9 et 10 mars au Théâtre Garonne de Toulouse avec La Place de la Danse CDCN. Le 27 mai à la Maison de la Culture de Bourges.
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