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Danse - Entretien / Jean-Christophe Maillot
Jean-Christophe Maillot, chorégraphe directeur des Ballets de Monte-Carlo, travaille pour la première fois avec le Ballet de l’Opéra national de Paris et y reprend une de ses œuvres majeures, Vers un pays sage. Une pièce éblouissante qui rend hommage à son père, sur la musique enfiévrée de John Adams.
Vous travaillez avec le Ballet de l’Opéra de Paris pour la première fois. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?
Jean-Christophe Maillot : La première proposition remonte à Rudolf Noureev en 1986. D’autres ont suivi avec Patrick Dupond puis Brigitte Lefèvre. Mais je crois que je n’étais pas prêt. Je suis incapable de travailler sans connaître les danseurs. J’ai besoin de comprendre leur personnalité, leur énergie, leur manière d’habiter le mouvement. De cette rencontre naît mon écriture. Avec José Martinez, l’alchimie s’est naturellement mise en place. Peut-être était-ce tout simplement le bon moment. J’arrivais avec quelques appréhensions. On entend souvent combien travailler avec l’Opéra de Paris peut être complexe. J’avais aussi, sans doute, intériorisé certaines réserves liées à mon parcours de chorégraphe « néoclassique français ». Or je découvre tout autre chose : un groupe de danseurs extrêmement impliqués, motivés et profondément investis dans le projet. Je me suis senti immédiatement accueilli.
Pourquoi avoir choisi de remonter Vers un pays sage ?
J.-C.M. : Je cherchais une pièce capable de créer une véritable rencontre entre le Ballet de l’Opéra de Paris et mon univers chorégraphique. J’ai toujours rêvé de voir cette œuvre portée par des danseurs dotés d’une formation académique aussi solide. Cependant, ce qui compte dans ce ballet n’est pas seulement la virtuosité. C’est l’investissement humain. Les interprètes doivent accepter une véritable traversée. Mais ce qui me réjouit surtout, c’est l’esprit collectif. Personne n’a reculé devant l’exigence de cette aventure.
Que souhaitez-vous leur transmettre ?
J.-C.M. : Une certaine manière d’aborder notre métier. J’aime travailler dans la joie et la confiance. Cette pièce est éprouvante, mais je crois profondément que le plaisir permet d’aller au-delà de la contrainte. Le danseur devient votre voix ; il est à l’image de ce que vous lui offrez. Bernice Coppieters, Maître de Ballet Principal des Ballets de Monte-Carlo, transmet cela admirablement. Au-delà du ballet, elle partage une relation au mouvement, à la musicalité, au travail.
Cette entrée au répertoire de l’Opéra de Paris, n’est-ce pas également une manière d’hommage à votre père ?
J.-C.M. : Oui. Les toiles de mon père, Jean Maillot, peintre et décorateur, sont le fondement de l’univers visuel de Vers un pays sage. Le voir entrer symboliquement à l’Opéra de Paris à travers cette œuvre me touche profondément. C’est une manière de lui rendre hommage, mais aussi de lui donner la place qu’il mérite dans une maison aussi emblématique. À ce moment de ma vie, cette pensée a une résonance très intime.
Propos recueillis par Agnès Izrine
soirée Paysages Intérieurs, avec Busk d’Aszure Barton et Rearray de William Forsythe. Tél. 08 92 89 90 90. Durée 1h50.
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