« 4.48 Psychose » : Sandrine Bonnaire livre une incarnation poignante du dernier texte de Sarah Kane mis en scène par Jacques Osinski
Jacques Osinski met en scène Sandrine [...]
Pétrie d’affects contradictoires, imprégnée de multiples enjeux historiques et économiques qui se superposent aux enjeux amoureux, la saga familiale écrite et mise en scène par Léonora Miano tisse une trame qui s’éparpille et manque de puissance dramatique.
Déjà programmée au Théâtre de La Colline avec Révélation (2018), dans la mise en scène de l’admirable Satoshi Miyagi, l’autrice multi-primée Léonora Miano y revient en tant que metteuse en scène de son dernier texte, paru aux éditions The Quilombo Publishing, qu’elle a fondées à Lomé au Togo. Pour cette première mise en scène, interprétée par des comédiennes et comédiens subsahariens et afrodescendants, elle choisit de mettre en jeu les thèmes qu’elle a régulièrement explorés, liés à la relation entre l’Afrique et la France, au colonialisme, post-colonialisme et schémas de prédation, au destin de l’Afrique d’aujourd’hui, à partir de soi. Dans une perspective afropéenne au-delà des polarisations et crispations, au-delà des douleurs et héritages – qui inévitablement demeurent –, elle recherche et pense un chemin de fraternité. Dans cette pièce au titre manifeste, il est ainsi question de réparation, de rédemption, dans des situations où se mêlent violence et attachement. La pièce vise à faire théâtre de « ce lien trouble, dérangeant, parfois impossible à dire publiquement » entre l’Afrique francophone et la France. Logiquement, la lutte contre la millénaire domination masculine est aussi au cœur de la partition, de manière assez caustique. Léonora Miano choisit de transposer les enjeux et dissensions politiques au sein d’une famille sur plusieurs générations, et plus particulièrement d’un couple.
Tumulte des affects
Nous sommes au XXIIe siècle. Fara et Francis s’aiment mais sont en crise. Elle est une riche propriétaire de la Nubia, projection d’une Afrique futuriste. Lui, amant volage à l’identité familiale imprécise, est un escroc qui se plaît à penser qu’il a changé. Gravite autour d’eux toute une galaxie de personnages, dont le fantôme d’un fils tué par son frère. À travers cette saga familiale et l’histoire de ce couple toxique, l’autrice et metteuse en scène vise à construire une allégorie politique, exprimant au cœur de l’humain ce qui n’est pas dicible. Cependant, le tumulte des relations est tel qu’elles en deviennent confuses, peu intelligibles, malgré des fulgurances et moments réussis. Dans une élégante scénographie « à l’esthétique africaine » selon les mots de l’autrice, signée par Laure Pichat, les interprètes Ayouba Ali, Astrid Bayiha, Alvie Bitemo, Cyril Gueï, Kader Lassina Touré, Ysanis Padonou, Leleng Prezi et Stéphane Soo-Mongo font preuve de talent, et les créations de l’artiste capillaire Séphora Joannes sont très belles. Mais les personnages de cette fresque familiale qui pourrait évoquer Dallas ne sont pas convaincants. Ancrés dans une multiplicité de registres, pétris d’affects contradictoires, les enjeux amoureux, historiques et économiques se superposent, s’éparpillent, ne s’avèrent pas suffisamment évocateurs. L’ensemble manque de cohésion et d’émotion.
Agnès Santi
mardi à 19h30, du mercredi au vendredi à 20h30, samedi à 17h, dimanche à 15h30. Tel : 01 44 62 52 52. Durée : 2h10.
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