« Orso et moi », Mis en scène par Justine Heynemann : Géraldine Martineau participe avec sensibilité au renouvellement en cours des récits sur la maternité
Avec Orso et moi dont elle signe le texte et [...]
Sylvain Maurice met en scène le beau texte qu’il a commandé à Nicolas Doutey, sur ce que ça fait de penser. Un spectacle jubilatoire, avec Jeanne Louis-Calixte, une révélation, et Mikaël-Don Giancarli.
C’est un spectacle sur une activité très commune : sur la pensée, sur ce que ça fait de penser. Et comme nous sommes au théâtre, ce que fait la pensée est ici verbalisé, à voix haute, dans une immédiateté et une spontanéité qui accordent à la parole, en soi, une qualité agissante, aventureuse. Je pense donc je dis, et vice-versa ! Ça fuse, avec malice, avec une précision qui fait mouche. Comme pour mieux plonger dans l’audace de l’enfance, quel que soit son âge. Pas de décor, pas d’intrigue bien ficelée, mais un dialogue en mouvement où le hasard et l’improbable ont toute leur place. Ida et Paul, deux enfants, cheminent et conversent allègrement, découvrant ce que penser veut dire, ce que fait la pensée. Tous deux font preuve d’une grande intelligence, d’une grande finesse, mais aussi d’une naïveté désarmante, et d’une espèce d’étrangeté. Il est question d’une plaine où surgit la pluie, de fourchettes coincées dans une rainure, d’un certain Bill que les deux enfants aimeraient retrouver. Des mots incongrus, téméraires, « qui dépotent », se glissent volontiers dans la partition, ce qui est très drôle, et très révélateur en même temps. Et au fil de la conversation entre Paul et Ida de vastes réflexions s’ouvrent de manière impressionnante. Qui dit pensée dit tentative de compréhension…
Penser, c’est fantastique
Qu’implique la liberté de penser ce qu’on veut quand on veut ? La pensée pèse-t-elle sur le réel ? Sans aucun esprit de sérieux ou moralisateur, une foule de questions fondamentales font irruption çà et là. Voilà une bien belle matière pour Sylvain Maurice, qui a commandé ce beau texte à Nicolas Doutey, en vue d’une adresse à la jeunesse. Comme toujours, le metteur en scène sait se montrer attentif à ce qui est dit autant qu’à ce qui ne l’est pas. On a récemment admiré sa brillante mise en scène de La Préparation du roman d’après Roland Barthes avec Vincent Dissez, véritable célébration de la littérature autant que de la lecture. À nouveau au service de la parole, sa mise en scène vive, ingénieuse et limpide parvient à rendre palpable ce très beau texte dans son amplitude et sa jubilation, sur le fil entre légèreté et profondeur. Et bien sûr, l’art de l’acteur joue ici à plein. La jeune Jeanne Louis-Calixte, fille du regretté Pierre Louis-Calixte, est absolument bluffante dans le rôle d’Ida. Tout en étonnement, chatoiement et joie enfantine, son jeu plus que prometteur est une merveille de précision et d’inventivité. Mikaël-Don Giancarli interprète aussi excellemment Paul. Accompagné par le musicien Laurent Grais, le duo fonctionne ici parfaitement, de manière rythmée et alerte. Qu’on soit jeune ou moins jeune, il est bon d’écouter et regarder cet exaltant périple.
Agnès Santi
Mercredi 14 octobre 2026 à 10h & 15h, jeudi 15 octobre 2026 à 10h & 14h30, vendredi 16 octobre 2026 à 10h & 19h, samedi 17 octobre 2026 à 14h & 19h. Tél : 01 42 74 22 77. Durée : 1h.
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