Carolina Bianchi crée le troisième chapitre de sa « Trilogia Cadela Força – Chapitres I, II et III »
L’autrice, metteure en scène et performeuse [...]
Sous la chaleur écrasante, la Belle Scène se déploie comme un laboratoire à ciel ouvert où la danse se révèle dans son état le plus simple. Trois propositions s’y succèdent, chacune explorant une manière différente de faire frémir les corps, de raconter une histoire, de laisser affleurer une mémoire.
Avec Os, Youness Aboulakoul présente une étape de recherche centrée sur la figure de Pep Garrigues. Danseur hors-norme, sa seule présence inscrit déjà des lignes de force sur le plateau en plein air de La Parenthèse. Il apparaît comme traversé par des courants souterrains, les mains jointes par le dos comme pour enclencher une mécanique intérieure. Le mouvement se déploie lentement, par rotations, par courbes, par élans qui semblent naître d’un souffle profond. Les bras masquent parfois le visage, comme si le danseur cherchait à se soustraire au regard pour mieux écouter ce qui traverse son corps. Aboulakoul sculpte une matière sensible, faite de tensions, de relâchements, de flux invisibles qui circulent sous la peau. Combinant une gestuelle souple et fluctuante à des angles graphiques, le solo, encore en construction, laisse entrevoir une écriture précise, attentive aux micro‑transformations, où la physicalité devient un terrain d’exploration sensible.
Atmosphères sonores
Le ton bascule avec La Breva, duo porté par Dafne Bianchi et Anaïs Mauri. Avant même que la danse ne commence, les deux sœurs instaurent un climat familier en offrant un café au public, comme un geste de bienvenue de leur village de Bellagio. Leur danse sinueuse et tendre, mêle hip‑hop, krump et gestes hérités, dans un dialogue où les corps racontent ce que les mots ne disent pas. Elles naviguent entre éclats de joie entre sollicitudes et solitudes furtives. Les souvenirs affleurent dans les voix enregistrées, les dialectes, les cloches, le vent. Dans cette simplicité assumée, La Breva dévoile une intimité rare, portée par une écoute profonde entre les deux interprètes.
Enfin, Gounouj in situ de Léo Lérus évoque une atmosphère inspirée de la Guadeloupe. Les quatre danseurs évoluent comme des êtres en alerte, attentifs aux moindres variations de leur environnement sonore qui évoque l’eau, les feuillages, les cris lointains. Lérus compose une danse organique, dense, où les épaules roulent, où le bassin pulse, où les sauts semblent répondre à des stimuli invisibles. Les interprètes se jaugent, se regroupent, se soutiennent, comme une petite communauté animale confrontée à un monde en mutation. La chorégraphie, nourrie de danses guadeloupéennes, africaines et urbaines, déploie une écriture précise et foisonnante.
Agnès Izrine
à 10h. Tél. : 4 90 87 46 81. Durée 1h30.
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