La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

L’Orestie

L’Orestie - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Brigitte Enguérand Légende photo : Une Orestie résolument moderne : poids des mots et choc des photos.

Publié le 10 décembre 2007

David Géry adapte, le raccourcissant pour mieux le rythmer, le texte d’Eschyle dans la belle traduction de Michel Loayza. Un résultat inégal mais des fulgurances formidablement réussies.

David Géry a eu l’audace de plusieurs paris en montant L’Orestie. D’abord celui d’une intégralité resserrée qui concentre en moins de trois heures crimes, folie, poursuite vengeresse des Erinyes et récit des malheurs des enfants de Pélops cultivant le meurtre en famille… Autant dire que l’histoire est dense et qu’il faut se repérer dans les arcanes des coups portés et de leurs raisons ! Ensuite celui de la rencontre sur scène entre une troupe de jeunes comédiens frais émoulus des écoles et de professionnels aguerris. Enfin celui d’une lecture résolument moderne de la pièce, appuyée par une scénographie empruntant au show médiatique sa brutalité et son rythme haletant. Cette triple ambition a les défauts de son ampleur : la cassure guette parfois de trop d’excès tourbillonnants ou de ruptures de ton maladroites. Mais elle a aussi la saveur enthousiasmante d’un spectacle total, en forme de coup de poing asséné, où les évidences sont frappantes de vérité : vérité terrible de l’éternité de la guerre qui voit Agamemnon revenir des autels fumants de Troie sur fond d’images des conflits d’aujourd’hui, vérité du jeu de jeunes gens (dont Véronique Sacri, flamboyante entre tous en Cassandre) qui ont le mérite d’une fraîcheur et d’une générosité formidables, intemporalité d’une fable bien plus humaine qu’antique.
 
Un théâtre total où la mesure naît du débordement
 
La scénographie imaginée par Jean Haas enserre les personnages dans l’étau de deux énormes panneaux dont le mouvement scande les étapes de la nécessité d’airain qui ensanglante le destin terrifiant des Atrides. Le travail sur le son et l’image, très soigné dans Agamemnon qui dénonce les errements médiatiques du politique, est moins efficace dans Les Choéphores et Les Euménides où la présence scénique des comédiens, rendue à davantage de simplicité, ne parvient pas toujours à maintenir le rythme effréné de la première partie. Mais le texte s’y fait alors mieux entendre et la traduction très juste de Michel Loayza y sonne harmonieusement. Fait d’images fortes et appuyé sur ces mots qui passent allègrement les siècles et redisent hardiment au tremblant aujourd’hui la nécessité apparue aux Grecs de la cohésion politique et de la force de la justice, ce spectacle réussit largement à réaliser les ambitions esthétiques et réflexives qui sont les siennes.
 
Catherine Robert


L’Orestie, d’après une trilogie Agamemnon, Les Choéphores et Les Euménides, d’Eschyle ; adaptation et mise en scène de David Géry. Du 28 novembre au 21 décembre 2007. Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h. Théâtre de la Commune, 2, rue Edouard-Poisson, 93300 Aubervilliers. Réservations au 01 48 33 16 16.

A propos de l'événement



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