« Ici » de Léo Lérus + « The Look » par Sharon Eyal, une soirée pleine de vitalité, pour danseurs aguerris et polyvalents
Accointances inattendues. Concoctée par Bruno [...]
Blanca Li invente une manière singulière de déplacer la danse vers un territoire où l’imaginaire déborde le réel : le premier spectacle au monde à proposer une expérience en réalité mixte pour 240 spectateurs, dans le cadre de la Saison 3 de Dans(e) la lumière, porté par la fondation Groupe EDF.
En s’emparant du conte d’Andersen, Blanca Li n’en illustre pas fidèlement le récit, mais magnifie la fable cruelle : celle d’un savant dépassé par son ombre, d’une créature née de lui qui finit par le reléguer dans l’obscurité. Ce renversement, Blanca Li le transpose dans une expérience où le spectateur, équipé d’un casque de réalité mixte, devient lui-même l’enjeu du trouble. Car ici, l’ombre n’est plus seulement un motif narratif : c’est une force qui envahit l’espace, se démultiplie, se détache des corps, se joue de nos repères. La chorégraphe orchestre une succession de tableaux où danseurs réels et figures virtuelles se répondent, se confondent parfois, comme si la scène se dédoublait sous nos yeux. On traverse une ville nocturne, une lune gigantesque surgit, des silhouettes lilliputiennes côtoient des géants, un voile bleu s’abat avant de se muer en mer de nuages. Tout semble possible, et c’est précisément cette plasticité du monde qui donne à la pièce son vertige.
Démon et merveilles
La musique d’Édith Canat de Chizy ajoute une tension souterraine. Stridences, coups de gong, pulsations élastiques : la partition impose à l’image une respiration, une dramaturgie ondulatoire qui maintient l’ensemble dans un état d’instabilité vibratile. À mesure que les scènes s’enchaînent, le conte se déplace : ce n’est plus seulement l’ombre du savant, mais nos propres doubles qui surgissent, ces créatures hybrides qui nous imitent, nous dépassent, nous menacent parfois. Blanca Li ne propose pas une simple prouesse technologique. Elle vise à interroger ce que devient la danse lorsqu’elle se frotte à un monde où les corps peuvent être multipliés, agrandis, effacés, remplacés. L’œuvre connaît aujourd’hui une nouvelle étape : une adaptation ambitieuse pour le théâtre. Juliette Récamier permet de transposer cette immersion dans un dispositif frontal, accessible à un public plus large. Elle questionne la place du spectateur, pris dans un flux d’images qui le traverse autant qu’il les traverse. Jouant sur l’émerveillement, L’Ombre induit une intuition troublante sinon inquiétante : celle d’un art qui explore ses propres limites, et d’un conte ancien qui, soudain, parle de nous.
Agnès Izrine
Les 4,5, 6 à 20h. Le 7 à 17h et 20h. Tél. : 01 40 42 35 35.
Dans(e) La Lumière, Saison 3 : du 4 novembre. 2026 au 31 janvier 2027.
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