La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Thomas Lebrun

Lied Ballet

Lied Ballet - Critique sortie Avignon / 2014 Avignon Cloître des Carmes

Cloître des Carmes Chorégraphie Thomas Lebrun

Posant la question du patrimoine, présent dans chaque acte de création, Thomas Lebrun y répond dans la forme et dans le fond.

Cette création part d’un constat que vous faites au sujet du paysage chorégraphique actuel. Quel est-il ?

Thomas Lebrun : On constate depuis plusieurs années que beaucoup de chorégraphes s’aventurent dans le patrimoine chorégraphique. Même si l’on a toujours voulu reprendre de grands ballets, il y a une progression de ce qui relève du remontage de pièces. Dans ma formation et mon parcours d’interprète, j’ai été confronté à des courants très différents de la danse. L’idée de Lied Ballet est venue de ce questionnement : comment construire une écriture contemporaine quand on ressent derrière, indirectement, le patrimoine ?

Mais à côté du patrimoine, il demeure toujours une forme d’injonction aux chorégraphes, de l’ordre du primat à la création, à l’innovation, une course folle au renouvellement…

T. L. : C’est souvent le discours de nos institutions ou de ceux qui subventionnent les artistes : il faut une  danse innovante, de la nouveauté, etc. Etre chorégraphe, ce n’est pas forcément inventer et réinventer, c’est aussi questionner, creuser une ligne de travail sur plusieurs années, se remettre en question d’une façon ou d’une autre sur un même thème, sur une même dynamique… Ce n’est pas faire des pièces comme un produit de consommation que l’on veut exploiter comme la plus grande nouveauté du moment.

Vous posez dans le titre de cette création deux termes très forts : le ballet et le lied. Pourquoi ces mots ?

T. L. : Qu’est, aujourd’hui, un ballet ? On pense ballet classique, ou ballet folklorique, mais dans la danse contemporaine on dit plutôt pièce chorégraphique, objet chorégraphique, performance chorégraphique… Le terme ballet est même devenu un terme péjoratif dans certains milieux. Le lied, à l’origine, était un chant populaire allemand devenu un chant savant, alors que le ballet, qui était au début du siècle une forme savante, est devenue aujourd’hui une forme de danse populaire, dont des Casse-noisette venus des pays de l’Est remplissent les Zénith. J’aime beaucoup le parallèle entre les deux.

« Ce sont des ambiances, des complaintes, et cela parle de nature, de mort… »

Comment cela se traduit-il dans la pièce ?

T. L. : Il ne s’agit pas de faire un ballet contemporain. Je garde la forme en trois actes avec la notion de livret, qui est composé des textes des lieder. Ce sont des ambiances, des complaintes, et cela parle de nature, de mort… Le premier acte travaille sur notre idée de la pantomime, qui peut paraître théâtrale mais qui reste très physique. Sur le deuxième acte, avec un chanteur et un pianiste, on développe une danse beaucoup plus spatiale, vivante, aérienne, et, quelque part aussi, performante. Par exemple on peut avoir un trio très technique, plutôt danse abstraite américaine très pointue, très écrite, et à côté une danse beaucoup plus en torsion, en élan, en respiration, selon les lieder et les qualités des danseurs qui sont vraiment mis en avant. L’acte trois s’appuie sur une commande musicale à David François Moreau, et, au niveau de la danse, sur l’idée de chorus, comme un corps de ballet dans un grand dernier acte.

 

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Lied Ballet
du Dimanche 6 juillet 2014 au Dimanche 13 juillet 2014
Cloître des Carmes
Place des Carmes, 84000 Avignon, France

Festival d'Avignon. Cloître des Carmes, place des Carmes, Avignon. Du 6 au 13 juillet à 22h, relâche le 8. Tel : 04 90 14 14 14.


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