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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien

Liebestod El olor a sangre no se me quita de los ojos Juan Belmonte, d’Angelica Liddell

Liebestod El olor a sangre no se me quita de los ojos Juan Belmonte, d’Angelica Liddell - Critique sortie Avignon / 2021 Avignon
Angelica Liddell © Luca del Pia

Opéra Confluence / texte et mise en scène Angelica Liddell

Publié le 25 juin 2021 - N° 290

Angelica Liddell est de retour avec son théâtre tissé de rituel et d’absolu, dans un spectacle inspiré par Wagner et un célèbre torero espagnol, Juan Belmonte, intitulé en français L’odeur du sang ne me quitte pas des yeux, Histoire(s) du théâtre III.

Qui est Juan Belmonte ?

Angelica Liddell : Né en 1892, Juan Belmonte est un matador sévillan, qui, avec son ami et rival Joselito, a donné naissance à ce qu’on appelle l’âge d’or de la tauromachie. Il est considéré comme le créateur de la corrida moderne qu’il voit comme rite spirituel. Bien qu’on n’ait plus beaucoup de photos d’eux, l’influence de ces deux toreros est légendaire. On dit de Belmonte qu’il a toujours eu peur du bonheur, qu’il a traîné toute sa vie la frustration de ne pas mourir dans l’arène. Il s’est finalement suicidé à l’âge de 72 ans dans sa ferme d’Utrera en se tirant une balle dans la tempe.

Pourquoi en faire le centre de votre spectacle ?

A.L. : L’une des grandes maximes de Belmonte était « Vous vous battez comme vous êtes », un axiome auquel je m’identifie absolument. Son approche tragique de la corrida, son hypersensibilité, son infinie tristesse, sa fragilité, cette manière de quitter son corps pour laisser faire les anges, tout cela m’a poussé à le placer au cœur même de cette ode au danger. La pièce est à la fois l’offrande d’une femme amoureuse et une ode au danger.

« L’art du spectacle, c’est de se mettre en danger. »

Que représente pour vous la corrida ?

A.L. : La corrida est liée au sacrifice. Elle me relie à l’antiquité, à la tragédie attique, à la catharsis. D’autre part, à travers la tauromachie s’expriment mon monde intérieur, la nuit noire de l’âme dont parlait Saint Jean de la Croix, l’éternel silence des espaces infinis, celui de Pascal. Dans la tauromachie, l’amour, la beauté et la mort se rencontrent, et cette triade donne un sens esthétique à mon travail, c’est ma géométrie des passions. Le matador doit entrer dans cet état religieux que nécessite toute cérémonie pour atteindre les sommets du mysticisme. Je ne comprends pas le fait théâtral sans liturgie et sans transe. À mon avis, l’art du spectacle, c’est de se mettre en danger.

Votre spectacle renvoie aussi au Tristan et Iseult de Wagner ?

A.L. : Belmonte établit une identité absolue entre l’amour et l’art. Il va même jusqu’à formuler une théorie sexuelle de la corrida où il fond ensemble Eros et Thanatos. Il dit qu’on ne tombe pas amoureux parce qu’on le veut, pas plus qu’on ne se bat parce qu’on le veut. Tel est l’esprit de Tristan et Isolde de Wagner. Et le point culminant de l’amour est la mort. Je pense que là où la vie et la mort cohabitent, c’est là que fleurit le visage de Dieu.

Propos recueillis et traduits par Eric Demey

A propos de l'événement

Libestod El olor a sangre no se me quita de los ojos Juan Belmonte
du jeudi 8 juillet 2021 au mercredi 14 juillet 2021

à 17h, relâche le 10.


Tel. : 04 90 14 14 14. Durée : 1h45.


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