La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Les Serpents de Marie NDiaye, mise en scène de Jacques Vincey

Les Serpents de Marie NDiaye, mise en scène de Jacques Vincey - Critique sortie Théâtre Tours Théâtre Olympia - CDN de Tours
© Christophe Raynaud de Lage Les Serpents

De Marie NDiaye / Mes Jacques Vincey

Publié le 2 octobre 2020 - N° 287

Dans une mise en scène de Jacques Vincey, Hélène Alexandridis, Bénédicte Cerutti et Tiphaine Raffier font siffler Les Serpents de Marie Ndiaye. Elles donnent à entendre la grande intelligence de ce conte cruel et fantastique, au détriment parfois de sa dimension sensible.

Nul épi de maïs sur le plateau des Serpents mis en scène par Jacques Vincey. Pas une seule feuille sèche ni une trace de poussière. Guère non plus de maison. Conçue par Mathieu Lorry-Dupuy, baignée par les célèbres clairs-obscurs de Marie-Christine Soma, la scénographie du spectacle situe la pièce de Marie NDiaye hors de toute réalité. Entre deux rangées de projecteurs qui diffusent une lumière mouvante, devant un mur d’enceintes disproportionnées, Hélène Alexandridis, Bénédicte Cerutti et Tiphaine Raffier semblent évoluer dans leurs propres cauchemars de comédiennes. À moins qu’elles ne naviguent dans celui du metteur en scène, dépassé par ses outils de travail. Dans ce théâtre fantasmé, presque monstrueux, les mots de Marie NDiaye prennent toute la place. Au diapason de l’espace qui leur est imparti, les trois actrices de la pièce les portent d’une manière étrange. Chacune avec sa présence singulière, elles se tiennent au seuil de l’incarnation des trois personnages : Madame Diss et ses deux belles-filles France et Nancy, qui un jour de 14 juillet se retrouvent devant la demeure de l’homme qu’elles ont en commun et qui les rejette. Ce récit de dépendances et d’oppressions, Jacques Vincey et son équipe lui donnent une allure crépusculaire qui attire autant qu’elle repousse. De même que le protagoniste dont ne cessent de s’entretenir les trois femmes sans qu’il ne daigne apparaître un seul moment.

Trois femmes dépendantes

Les paradoxes, les tiraillements des protagonistes féminins de ces Serpents s’expriment sans un seul cri, avec un minimum de gestes. Des trois actrices, Hélène Alexandridis est celle qui déploie le jeu le plus naturaliste, le plus sensible. Sa Madame Diss, qui vient mendier de l’argent à son fils pour éponger des dettes, passe sans transition d’une dignité bordée d’arrogance à un effondrement presque total. Pour dire les tourments de France, la deuxième épouse de l’homme ou de l’ogre – le doute est plus que permis – absent, Tiphaine Raffier adopte quant à elle une attitude ambiguë, où l’enfance le dispute à la maturité dont les sources semblent remonter à très loin. La partition de Bénédicte Cerutti était moins claire au soir de la première au Théâtre Olympia – Centre Dramatique National de Tours que dirige Jacques Vincey. Entre rage et résignation, elle tente de dire la douleur d’une mère dont l’enfant est mort pour avoir été enfermé par son père dans une cage pleine de serpents. Si elles parviennent à donner à entendre la précision et la grande subtilité du texte de l’auteure de Trois femmes puissantes, les comédiennes ont davantage de difficultés à en traduire tous les déchirements. Tout le fantastique aussi, qu’a tendance à atténuer l’approche assez formaliste de Jacques Vincey. Un équilibre reste à trouver entre l’abstrait et le familier, afin d’atteindre pleinement à l’inquiétante étrangeté propre à l’univers de Marie NDiaye. La route de ces Serpents est encore longue ; ils ont le temps d’arriver à ce passionnant carrefour.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Les Serpents
du Mardi 29 septembre 2020 au Jeudi 8 octobre 2020
Théâtre Olympia - CDN de Tours
7 RUE DE LUCÉ – 37000 TOURS

TOURNEE :


ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie, 1 rue Pierre Baudis, 31000 Toulouse. Du 13 au 16 octobre à 20h. Tel : 05 34 45 05 05. https://theatre-cite.com. Également du 17 au 19 novembre au Centre Dramatique National de Besançon, du 25 novembre au 4 décembre au Théâtre National de Strasbourg, du 11 au 13 décembre au Théâtre des Quartiers d’Ivry – Centre dramatique du Val-de-Marne, du 2 au 26 février 2021 au Théâtre du Rond-Point, du 16 au 19 mars au TnBA à Bordeaux


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