La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Les Sept Jours de Simon Labrosse

Les Sept Jours de Simon Labrosse - Critique sortie Théâtre
© Loïc Loeiz Hamon Légende : Nathalie et Simon (Léonore Chaix et Cédric Revollon) appliqués à représenter sur scène la vie ordinaire de Simon.

Publié le 10 décembre 2008

Une Genèse contemporaine sur la dureté du monde en équilibre entre comique et tragique. Une réussite.

La compagnie de Claude Viala avait proposé voici deux ans une excellente adaptation de L’Espèce humaine de Robert Antelme. Le registre est cette fois différent, d’un comique qui dénonce cependant la solitude et la précarité dans une société atomisée, où rencontrer l’autre est une chose très compliquée. « Au commencement était Simon et Simon était sans emploi ». Il est prêt à tout pour s’intégrer, même à exposer sa vie au public ! Sa vie insignifiante qu’il passe à s’efforcer de trouver un travail au cœur d’une société caractérisée par une terrible violence économique et un vide relationnel sidérant. Déployant des trésors d’imagination, il propose pourtant des services uniques et variés : cascadeur émotif, spectateur personnel, finisseur de phrases, flatteur d’egos, allégeur de conscience, remplisseur de vide. Des tentatives qui visent autant à intégrer le monde du travail qu’à trouver un sens à sa vie, à se débarrasser de son angoisse en étant utile, et à ce titre rétribué. Simon (Cédric Revollon) est flanqué de deux acolytes. Léo (Hervé Laudière) a reçu une brique à l’endroit du cortex où se forment les mots positifs, il ne peut plus les dire, et écrit des poèmes sombres et rageurs. « Il pleut des briques sur le monde pourri ». Nathalie (Léonore Chaix, très drôle) est focalisée sur ses organes et son développement personnel, comme le prouve son échographie du pancréas, elle a une « vie intérieure assez exceptionnelle ».

Une intense révolte

Les acteurs excellents savent ici ménager les effets comiques de leur identité irréaliste, et laisser voir la solitude désespérée d’êtres perdus, accrochés à des repères fallacieux. Une solitude qui est un écho bien réel de notre monde contemporain. Touchant théâtre, lieu de mensonge qui habille la scène et les personnages pour mieux dénuder les âmes, pour mieux révéler des bribes de vérité débarrassées de masques et d’alibis, pour mieux dénoncer la violence du monde. En partage avec le public, sur une musique de Sanseverino, la mise en scène de Claude Viala éclaire subtilement ce paradoxe, ce fragile équilibre qui exploite le comique des situations tout en laissant voir le tragique de l’existence. La scène montre clairement aux spectateurs que sous les tentatives laborieuses, incongrues et vaines de Simon une angoisse immense et parfois une poignante et intense révolte s’expriment. Léo en sait quelque chose, lui qui ne peut même plus dire le mot espoir. La canadienne Carole Fréchette a écrit cette pièce en période de crise économique, alors qu’elle avait décidé de quitter son travail pour devenir écrivain : une décision difficile, qui s’est avérée une réussite (le texte a été joué dans plus de dix pays). Cette pièce renvoie aussi de façon évidente à la condition de l’artiste, à ce métier différent, extraordinaire, qui doit permettre de gagner de l’argent autant que de tendre un miroir au public. Un miroir apparemment déformant – merci à l’imagination des artistes -, mais ô combien révélateur. Il suffit de lire le journal, ici et maintenant, pour le constater.

Agnès Santi


Les Sept Jours de Simon Labrosse de Carole Fréchette, mise en scène Claude Viala, du 19 novembre au 28 décembre du mercredi au samedi à 20h30, dimanche à 17h, au Théâtre de l’Opprimé, 78 rue du Charolais, 75012 Paris. Tél : 01 43 40 44 44.

A propos de l'événement



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