« Douze – La Vie en alexandrins » par Jean-Pierre Brouillaud
Enseignant universitaire en droit, mais aussi [...]
L’autrice et metteuse en scène Charlotte Lagrange tuile les histoires et les temporalités au fil d’une partition politique et intime. Face à l’aménagement de Saclay et à la gentrification du centre de Paris, deux femmes se rebiffent et leurs histoires résonnent.
Né d’un long travail préalable de rencontres et collectes de témoignages, la fiction imaginée par Charlotte Lagrange mêle les histoires et les temporalités, avec une irruption du fantastique au sein du domestique, comme une sorte d’augure entêtée. En premier lieu, accompagnés par un narrateur, Cristiana, architecte-paysagiste, et son assistant Raphaël présentent aux agriculteurs locaux leur projet d’aménagement du plateau de Saclay, « une Silicon Valley verte ». Une agricultrice, Elisabeth, ressemblant étrangement à sa mère, l’insulte. L’altercation ramène Cristiana à son enfance, lorsque sa mère Betty refusa le dédommagement financier proposé par des promoteurs immobiliers voulant récupérer tous les appartements de son immeuble. Ainsi se croisent les enjeux d’aménagement du territoire et d’urbanisme, d’écologie et gentrification, au fil d’une histoire emplie d’échos et résonances qui traverse les générations.
Le bien commun, exigence et nécessité
Habilement menée, agencée de manière fluide et limpide, la partition laisse voir les processus à l’œuvre, les possibilités – ou impossibilités – de résistance face à ce qui constitue un renoncement, un déracinement. Si pour Saclay, il est question d’un projet spécifique, d’une « opération d’intérêt national », pour l’habitat urbain le processus au long cours est moins délimité. Commencé il y a longtemps il se poursuit, s’accentue, se constate à Paris et ailleurs. Fondée sur l’expérience du réel, la pièce qu’interprètent fort bien Mathias Bentahar Cécile Coustillac Olive Malleville, Chloé Ploton et Jean-Baptiste Verquin intègre le temps long dans son questionnement. La prise de parole féminine et transgénérationnelle, la précision et le tranchant des affrontements, la dimension onirique au coeur du concret de la vie, tout cela élargit les perspectives et ouvre la réflexion sur la nécessité du bien commun.
Agnès Santi
à 10h, relâche les 10 et 17. Tel : 04 84 51 20 10. Durée : 1h35.
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