Caroline Marcos présente « Soleil Déréglé », une pièce qui interroge le combat de l’imaginaire contre les dérives de la science
Caroline Marcos met en scène Soleil Déréglé [...]
Jimmy est un spectacle de la Compagnie Troisième Génération qui s’inspire de faits réels pour ouvrir des questions vertigineuses sur la vérité et sur le théâtre. Dans un registre corporel très intéressant, le récit improbable d’un jeune homme capable de commettre la plus extraordinaire des usurpations d’identité.
Jimmy, c’est donc une fiction née d’une histoire vraie, celle de Frédéric Bourdin, dit « le Caméléon », un usurpateur d’identité qui réussit le tour de force de se faire passer pour le fils d’une famille américaine, lui qui parle avec un accent épais et ne ressemble en rien au disparu. Mais, dans cette histoire, qui trompe qui, et qui est complice de qui ? Une mère peut-elle se tromper à ce point sur qui est son fils ? La pièce s’ouvre sur un interrogatoire de police : dans cette affaire trouble, c’est l’enquêtrice qui incarne le point de vue du public, baladée de mensonge en mensonge, d’abord aveuglée par le calibre de l’affabulateur qu’elle confronte. Dès cette première scène, Troisième Génération fait montre de son langage singulier : le théâtre pur est complété, voire percuté, par un jeu corporel millimétrique et dissocié, qui vient ouvrir des brèches dans le sens et déstabiliser le jeu verbal.
Le corps expressif, pleinement valorisé
Cette mise en scène ultra cinématographique sied bien au côté polar de la pièce, même s’il fonctionne un peu moins bien lorsque, à force d’éclater la réalité en mille points de vue, le spectacle entre finalement dans une zone plus indéterminée, quasi philosophique. On sait bien que le théâtre est le lieu du mentir-vrai : mais il est intéressant de souligner que parfois la vie réelle semble tout aussi artificielle, que les discours que tiennent les gens réels sont tout autant tissés d’inventions. Tous les dialogues ne sont pas écrits avec la même finesse : le personnage du frère ne sonne pas très juste, ni les tirades sur le prolétariat américain ou le narrateur-menteur. Mais la mise en corps est très bien faite, avec des comédiens impeccablement précis. En un geste, les interprètes arrivent à condenser d’intenses émotions. Cela change agréablement des productions où tout passe par le texte, et, ne serait-ce que pour cela, Jimmy vaut qu’on s’y arrête.
Mathieu Dochtermann
à 19h40. Relâche le jeudi. Tél. : 04 90 85 12 71. Durée : 1h15
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