La création basque mise en lumière par le festival Cratère Surfaces
Trois jours d’une grande intensité pour [...]
Plus de soixante ans après sa création, L’Amant conserve son pouvoir de déstabilisation. Après La Collection, Thierry Harcourt se replonge dans l’univers de Pinter. Il réunit Sarah Biasini et Pierre Rochefort dans un huis clos conjugal aux allures de thriller intemporel.
Tout commence par une question étonnante : « Ton amant vient aujourd’hui ? », posée par le mari, Richard, à son épouse Sarah. Une première vague qui bouscule la vision lisse de ce couple bourgeois. Dans un salon élégant aux tons jaunes rappelant l’adultère, les jalousies – ces volets à lames orientables – s’ouvrent et se ferment au rythme des heures et des humeurs. Le mot n’est pas anodin. L’Amant appartient à ce que le dramaturge britannique appelait son « théâtre de la menace » : les frontières y sont volontairement floues, le spectateur délibérément perdu, jusqu’à ce que la révélation tardive recompose le puzzle. Ainsi, c’est le même couple qui se fait tour à tour mari et amant, épouse et prostituée. La jalousie jaillit et au cœur du jeu, ce sentiment va tout envenimer. Un laitier surgit de manière incongrue et nous égare davantage. Harcourt nous entraîne dans un labyrinthe construit avec méthode et une pointe d’humour anglais par Pinter.
Un couple en déséquilibres
Sarah Biasini et Pierre Rochefort – ce dernier reprenant le rôle qu’avait tenu son père Jean Rochefort soixante ans plus tôt dans la mise en scène de Claude Régy – font preuve d’une charmante complicité. Au fil des scènes, la relation révèle, en plus d’une palette de jeu nuancée et précisément chorégraphiée, une envie de tester les limites de leur amour, cachée derrière les jeux érotiques. Quelques répliques sur le physique de l’épouse ou son rôle dans le foyer rappellent que si la pièce date de 1963, ses interrogations sur la sexualité, le désir et le quotidien du couple restent très actuelles. La mise en scène de Thierry Harcourt restitue pleinement l’écriture exigeante de Pinter où chaque phrase est redoutablement mesurée, où chaque mot, chaque silence, se révèlent impactants.
Isaure Do Nascimento
Du mardi au samedi à 19h. Relâches exceptionnelles les 9 et 10 juin. Durée : 1h10.
Res : 01 86 47 72 49
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