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Le Théâtre du Châtelet referme sa saison avec une nouvelle production de La Vie parisienne, dans laquelle Valérie Lesort souligne la satire sociale à travers des éléments de fable animalière. Sous la direction d’Alexandra Cravero, l’aventure collective de la troupe de la Comédie-Française privilégie la dimension théâtrale de l’opérette d’Offenbach.
Les hommes sont des cochons et les femmes des cocottes – ou tout autres gallinacées. Ainsi pourrait être résumé le point de départ de Valérie Lesort pour sa relecture de La Vie parisienne d’Offenbach qui déroule jusqu’à la satiété quelques lieux communs, adjectifs et interjections du livret – que la metteure en scène a légèrement retouché dans l’esprit d’une fable animalière aux allures de Muppet Show, avec, entre autres, une réécriture de certains noms. Son efficacité comique indiscutable, à en juger par les réactions du public, appuie le propos, avec un mauvais goût qui a le mérite d’être assumé, et qui renvoie aussi à celui de cette bourgeoisie du Second Empire et ces touristes venus visiter la Ville Lumière pour s’encanailler et « s’en fourrer jusque-là », en une débauche d’argent pas très éloignée de celle qui prévaut dans le Paris d’aujourd’hui. Les répliques des personnages sont régulièrement ponctuées, selon le genre, de gloussements ou de grognements porcins. Le premier degré contamine même le jeu d’acteurs, dans une dérision à l’évidence complice avec les comédiens du Français, dont le répertoire en toge et alexandrins est moqué par un baron de Gondremark qui croyait avoir été emmené au Moulin Rouge. Il n’est pas jusqu’au décor dessiné par Éric Ruf qui ne se gausse du monde des planches et de ses superstitions, le salon de l’hôtel particulier où Bobinet donne sa réception étant abondamment tapissé de vert.
Le théâtre d’abord
Aussi lisible que plaisante, la scénographie s’amuse de la carte postale du XIXème siècle, et, dans une hybridation ramenant les hommes à leurs instincts animaux, les costumes chamarrés de Vanessa Sannino s’harmonisent avec les prothèses, becs et groins, que Valérie Lesort a conçues avec Carole Allemand. Tout ce théâtre de panneaux et de couleurs finit par se retirer vers les coulisses lors du dernier tableau qui prend le contre-pied des finales festifs habituels, pour ne laisser apparaître, au tomber de rideau, que des danseurs se mouvant dans la fange, celle des plaisirs, en une sorte de mise à nu de la morale de l’histoire. La cohérence du spectacle se retrouve dans le travail de la troupe de la Comédie-Française, prompte à surligner les caractères, à l’exemple de la suffisance du baron suédois par l’impayable Christian Hecq, de Benjamin Lavernhe et Baptiste Chabauty dans le duo rival formé par Raoul de Gardefeu et Bobinet, ou encore de la baronne travestie de Yoann Gasiorowski, aux faux-airs pincés de Louis de Funès. Dans ce plateau plus diseur que chanteur, où l’on reconnaît également la raillerie de Véronique Vella en Pauline et la Métella au timbre de courtisane sans grand lyrisme d’Elsa Lepoivre, Marie Oppert est la seule à donner une véritable épaisseur à la ligne mélodique dans le rôle de Gabrielle, aux côtés, dans une mesure moindre, de la faconde d’Urbain et de l’Employée dévolue à Mélissa Polonie, et des chœurs par l’Ensemble La Marquise. À la tête de l’Orchestre de chambre de Paris – les pupitres des Frivolités Parisiennes prenant le relais à partir du 27 juin –, la direction d’Alexandra Cravero distille les couleurs et la vitalité de cette Vie parisienne retaillée sur mesure pour le théâtre.
Gilles Charlassier
à 19h30, les 14 et 28 juin et 5 juillet à 15h. Tél. : 01 40 28 28 40. Durée : 3 heures avec 1 entracte.
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