La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Critique

“Cònsolo” de Daniele de Michele : de bonnes pâtes ne font pas nécessairement de la bonne politique

“Cònsolo” de Daniele de Michele : de bonnes pâtes ne font pas nécessairement de la bonne politique - Critique sortie Avignon / 2026 Avignon Avignon Off. La Manufacture – Château
Cònsolo de Daniele de Michele Crédit : © Franck Alix

La Manufacture / Conception, écriture et interprétation : Daniele de Michele

Publié le 18 juillet 2026 - N° 345

Cònsolo est un objet théâtral intéressant. Moins parce que Daniele de Michele y cuisine sur scène, que parce que cet économiste de formation tente là sa première aventure au théâtre. Cependant, son propos ouvertement politique se révèle confus sinon contestable, et on ressort de la représentation en se disant que la pièce fourmille d’impensés plutôt gênants.

Le cònsolo, c’est la pratique consistant à offrir des plats cuisinés à la famille d’un défunt pour qu’elle n’ait pas à cuisiner pendant le deuil. Si la pièce de Daniele de Michele porte ce nom, c’est que son propos s’articule autour de l’acte de cuisiner et de la façon de faire communauté. Pour lui qui est migrant, c’est le lien à un terroir, à sa grand-mère Nonna, à sa jeunesse également. Dès le début du spectacle, Daniele, dans son propre rôle, commence à cuisiner, et il n’aura de cesse qu’il n’ait préparé quelques assiettes de la pasta al sugo con le polpette. Pour donner corps et voix à sa quête culinaire, il nous passe des extraits de vidéos dans lesquelles il interroge quelques nonne. Ce mouvement de l’intime vers le général, qui revient sur Daniele dans les dernières minutes du spectacle, est classique mais bien mené. Les grand-mères sont fantastiques. L’interprète se débrouille honnêtement, surtout si on tient compte du fait que c’est sa première apparition sur scène – certes aidé par Julien Cassier, mais dans une langue qui n’est pas la sienne. En revanche, la piètre qualité des vidéos est gênante : ce style gonzo mal cadré n’a pas d’intérêt stylistique dans le cadre du projet, et passe donc plutôt pour de la négligence.

Cuisiner est, par excellence, un acte politique

Le projet de Daniele de Michele s’avère pluridimensionnel : cuisiner et nourrir sont des actes qui lui permettent de parler de politique. On ne peut lui donner tort : c’est l’un des multiples terrains où se joue la guerre entre la société de consommation et un mode de vie qui offre une relation différente à la terre, au temps, aux autres vivants. L’auteur ne se cache pas de défendre un point de vue néomarxiste sur son sujet : le problème, c’est le capitalisme. Mais à force de critiquer “le système”, il en vient à accueillir des témoignages qui flirtent avec l’autre extrémité du spectre politique, dans une confusion où tous ceux qui ne sont pas du peuple sont bons à mettre dans la même charrette : le marché, la commission européenne, les normes d’hygiène, les Verts, les éoliennes, tout cela c’est le mal, sans nuances. Sans doute ne s’en rend-t-il pas compte ; mais celui que l’un de ses personnages présente comme un intellectuel de gauche doit prendre conscience de la responsabilité qui incombe à celui qui place un propos sur scène. On se permet également de relever que la distribution sexiste de la parole, reproduite sans effort critique, constitue une perpétuation du système qui l’engendre. Bref, on n’arrive pas à ne pas ressentir un certain malaise relativement au traitement de fond. Dommage. Dans la catégorie, on préfère nettement le souffle de La Pastasciutta antifascista de Casa Cervi de Floriane Facchini.

Mathieu Dochtermann

A propos de l'événement

Cònsolo
du samedi 4 juillet 2026 au mardi 21 juillet 2026
Avignon Off. La Manufacture – Château
2 rue des écoles, 84 000 Avignon.

à 21h35 (départ navette). Relâche le 16 juillet. Tél. : 04 90 85 12 71. Durée : 1h30 (2h15 navette comprise).

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur Avignon en Scènes

S'inscrire