La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Dame de chez Maxim

La Dame de chez Maxim - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Brigitte Enguérand Légende photo : Les comédiens mènent le jeu avec une belle ardeur

Publié le 10 septembre 2009

Jean-François Sivadier et sa troupe actionnent gaillardement la mécanique de ce chef-d’œuvre de l’absurde selon Feydeau.

Le grognement vient de sous le canapé flanqué cul par-dessus tête, tous pompons dehors. Quelle cuite invraisemblable ! La nuit fut agitée pour Lucien Petypon – un grand trou noir, à tout dire. L’éveil au lendemain midi plus rude encore. Surtout quand il découvre avec effroi le minois d’une gourgandine parmi les plis de son lit, alors que Madame vaque alentour. Parti se pocharder gaiement chez Maxim avec son confrère Mongicourt, ce noceur amateur, médecin bien calé dans un ménage bourgeois, a ramené la Môme Crevette dans un élan d’inconsciente ivresse, et peut-être pire encore… Aussitôt, voilà que s’enclenche la mécanique panique des mensonges, quiproquos, calembredaines et autres péripéties que Feydeau ajuste avec une rigueur diabolique. Chaque faribole qu’invente Petypon dans un ultime effort pour s’en sortir l’empiège un peu plus. A ce train-là, l’équipée vire au cauchemar et ravage le cours tranquille de ces existences sans histoire. Vrai que la Môme Crevette, impayable mélange de toupet bon enfant, d’innocence madrée, de vénalité et de tempérament volcanique, n’a pas son pareil pour semer le trouble dans les maisons cossues, émoustiller messieurs bien mis et dames de la province prêtes à gober tout se qui se donne pour le chic parisien.
 
Dinguerie de haute voltige
 
« Les pièces de Feydeau ont la progression, la force et la violence des tragédies. Elles en ont l’inéluctable fatalité, écrivait Marcel Achard. Devant les tragédies, on étouffe d’horreur. Devant Feydeau, on étouffe de rire. ». Créée en 1899, La Dame de chez Maxim fonctionne toujours à merveille, en dépit de quelques longueurs. Noctambule invétéré et mélancolique observateur, joueur autant que séducteur, Feydeau connaissait son monde, qu’il croquait vif depuis le café Napolitain ou le restaurant Maxim où il tenait souvent table ouverte. Les comédiens, Nicolas Bouchaud en tête, se jettent dans le flot des mots avec ardeur et mènent rondement l’affaire. Manque pourtant à cette folle cavalcade l’orchestration. Comme si le chef de troupe Jean-François Sivadier cherchait encore la clef secrète de la partition et se laissait porter par le rythme. La scénographie mouvante, encombrée de cordages, exhibe la machinerie du théâtre et l’envers du décor, semblant vouloir raconter sa fable, de même que les costumes, sans que l’ensemble s’accorde tout à fait. Cette dinguerie de haute voltige exige une sérieuse liberté de jeu. Rien à voir avec la caricature ni le grotesque donc, encore moins le cabotinage. Gilles Privat, en général Petypon du Grêlé, a justement cette évidence de l’instant présent qui prend comptant les plus improbables situations, alors que Norah Krief (la Môme Crevette) joue en force avec ses airs de gavroche canaille. Sans doute faut-il trouver une manière singulière dans la mise en scène, qui tout à la fois évite la routine boulevardière, les effets démonstratifs et l’exégèse savamment pompeuse, et qui dise la peur affolée du désordre avec la mathématique du vaudeville. Qui montre le revers mesquin d’une bourgeoisie triomphante par l’irruption de l’imprévu et la puissance dévastatrice du rire.
 
Gwénola David


La Dame de chez Maxim, de Georges Feydeau, mise en scène de Jean-François Sivadier, du 6 au 10 octobre 2009, du mardi au samedi à 20h, aux Gémeaux/Scène nationale de Sceaux. Durée : 3h30 avec entracte. Tél :   01 46 61 36 67.

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