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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Jacqueline, écrits d’art brut d’Olivier Martin-Salvan

Jacqueline, écrits d’art brut d’Olivier Martin-Salvan - Critique sortie Théâtre Brest Le Quartz - Scène Nationale de Brest
Jacqueline, écrits d’art brut © Raphaël Mesa

En tournée / Conception Olivier Martin-Salvan

Publié le 26 novembre 2019 - N° 282

Dans Jacqueline, écrits d’art brut, le comédien Olivier Martin-Salvan se fait accompagner du musicien Philippe Floch pour porter sur scène la grande liberté du verbe de plusieurs auteurs dits « bruts ». Et interroger la capacité du théâtre à assumer leur démesure.

Sur scène, Olivier Martin-Salvan a le goût des langues qui débordent. Son enthousiasme, son énergie vont aux écritures qui se foutent de toutes les normes, aussi bien en matière de grammaire, de syntaxe et de vocabulaire qu’en ce qui concerne les idées et les comportements. Cette liberté, le comédien l’a déjà trouvée chez des auteurs très différents, tels que Novarina, Rabelais et Jarry, dont il a incarné le père Ubu sur bien des routes. À commencer par celles d’Avignon et alentours en 2018, dans le cadre du Festival. Avec Jacqueline, écrits d’art brut, il franchit un pas de plus dans son aventureux parcours en s’éloignant des grands auteurs français pour s’intéresser à des voix marginales. À des écrits dits « bruts », recueillis pour beaucoup à la sortie d’hôpitaux psychiatriques par diverses personnes contactées par Olivier Martin-Salvan au cours d’un long travail de recherche. Quelques-uns étant aussi extraits du recueil Écrits bruts, dont les textes rassemblés par Michel Thévoz font partie de la collection d’Art Brut de Lausanne. Avec le musicien et compositeur Philippe Floch, qui intervient ici en tant que bricoleur sonore, l’artiste tente ainsi de montrer que, de même qu’il existe des œuvres plastiques et littéraires « brutes », il peut exister un théâtre de cet acabit. Une démarche passionnante, porteuse d’interrogations sur l’art théâtral qui auraient mérité d’apparaître davantage dans la pièce, que ce soit par les mots ou autrement.

La révolte par la langue

L’entrée en matière « brute » de Jacqueline est d’une grande délicatesse, d’un onirisme qui installe une atmosphère hors du temps. Hors des conventions théâtrales. Dans une cage où l’on découvrira bientôt la présence de Philippe Floch, s’épanouit un objet non identifié – quelque part entre la fleur et le squelette – tandis que sur le sol, s’agite un amas de tissus façon Christian Boltanski modèle très réduit, réalisé par les sculpteurs, performeurs et metteurs en scène Clédat & Petitpierre. Olivier Martin-Salvan en émerge bientôt, aussi géant qu’à son habitude, et se lance dans le premier de ses textes. « J’ai eu trois maris, j’ai eu des trillions des billions d’enfants (…) Je suis le commencement du monde et j’ai vécu des siècles », dit-il. Sans incarner tout à fait son personnage aux accents mythologiques, il prête à son grand corps quelques traits féminins. Avant de s’en séparer pour faire place à une autre voix, à une autre démesure. Celle du personnage éponyme par exemple, dont la logorrhée rythmée par des « et cetera » s’en prend à toutes les autorités, médicales en particulier. Un motif récurrent dans toutes les paroles portées par l’artiste, qui ont d’ailleurs vite fait de ne plus bien se distinguer les unes des autres. En refusant de choisir entre incarnation et distance, Olivier Martin-Salvan fait entendre la singulière beauté de ses témoignages, mais peine à en exprimer toute la révolte, toute la subversion.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

Jacqueline, écrits d’art brut d’Olivier Martin-Salvan
du Mercredi 4 décembre 2019 au Vendredi 6 décembre 2019
Le Quartz - Scène Nationale de Brest
60 rue du Château, 29200 Brest

Le 4 décembre 2019 à 20h20, et les 4 et 6 décembre à 19h30. Tel : 02 98 33 70 70. Également les 12 et 13 décembre au Théâtre de Sartrouville, le 17 décembre à L’Empreinte, Scène nationale Brive-Tulle, du 10 au 15 janvier 2020 au 104, les 28 et 29 janvier à la Maison de la Culture de Bourges… Durée : 1h. Spectacle vu au Tandem à Arras le 7 novembre 2019.


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