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Prendre le risque de la création

Prendre le risque de la création - Critique sortie Danse
Crédit photo : Dominique Tissier Légende photo : Anita Mathieu

Entretien / Anita Mathieu
Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis

Publié le 27 février 2016

Anita Mathieu mène depuis 2002 les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis et en dessine la ligne, guidée par son talent de défricheuse et son engagement pour la création. L’édition 2016 maintient le cap !

La question de l’émergence traîne depuis des années dans le débat artistique mais reste une notion vague. Comment l’entendez-vous ?

Anita Mathieu : Précisons d’emblée qu’elle ne résume pas le critère de programmation dans les Rencontres chorégraphiques, qui chaque année comptent des découvertes mais aussi des habitués. L’émergence ne se réduit pas non plus à une définition générationnelle, qui engloberait des jeunes créateurs. Elle désigne plutôt le moment où des artistes ou des formes nouvelles sortent de l’ombre et acquièrent une visibilité qui amorce leur reconnaissance par le milieu professionnel et le public. Elle recouvre donc une grande variété d’esthétiques. L’enjeu est bien sûr le repérage mais aussi l’accompagnement des parcours et la rencontre avec les spectateurs. Les Rencontres chorégraphiques proposent un panorama subjectif : elles témoignent à la fois de la pluralité des écritures chorégraphiques contemporaines et de la singularité des démarches, tout en suivant une ligne artistique qui revendique un engagement quant au sens. Nous présentons des œuvres qui posent question. Encourager la création implique de prendre le risque de l’expérimentation et d’affirmer des partis-pris. L’édition 2016 comporte ainsi 15 « Premières » en France et 6 créations sur 29 spectacles.

« Le rôle de l’artiste est de déplacer l’attente du spectateur.  »

Cette prise de risque est-elle réellement possible ?

A. M. : Elle est difficile car elle se heurte de plus en plus à une censure du politique au nom du populaire, c’est-à-dire des supposées attentes du public. Nous n’avons jamais été aussi exposés qu’aujourd’hui car ce festival est nomade et donc dépend de nombreux partenaires, eux-mêmes soumis aux décisions des élus. Le soutien du Département de Seine-Saint-Denis, financeur majoritaire, ne s’est heureusement jamais démenti. La création par définition invente des formes qui ne se conforment pas aux codes connus. Le rôle de l’artiste est de déplacer l’attente du spectateur. Les œuvres que nous montrons mettent en jeu des sujets éthiques, existentiels, sociétaux, qui expriment une perception de l’état du monde, qui travaillent l’articulation entre l’intime et le contexte que nous vivons. Le rapport au corps souvent cristallise les questions et les tensions, en particulier lorsque la nudité s’invite sur le plateau. Il faut se battre contre le repli sur des spectacles consensuels.

Comment accompagner les publics pour appréhender des formes nouvelles pour eux, parfois déroutantes ?

A. M. : Nous menons tout au long de l’année de nombreuses actions de sensibilisation, dans les établissements scolaires et auprès des habitants. Cette politique résolue, qui utilise divers outils et prend de multiples formes selon les situations et les populations, vise à réfléchir ensemble aux interrogations que soulève une œuvre, à gommer la distance entre les gens et les artistes, à ouvrir les regards, à partager l’émotion et la friction que suscite une œuvre. Elle contribue à fabriquer du « vivre-ensemble », dans un territoire où coexistent différentes communautés. Nous touchons ainsi près de 1000 jeunes dans l’année. L’éducation artistique et culturelle est indispensable !

 

Entretien réalisé par Gwénola David

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