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Vocabulaire classique : la création en danger

Vocabulaire classique : la création en danger - Critique sortie Danse
Crédit : Olivier Houeix Légende : Thierry Malandain, directeur du Malandain Ballet Biarritz.

Entretien Thierry Malandain

Publié le 27 février 2016

C’est une sonnette d’alarme que tire le chorégraphe sur la situation de la danse classique et néoclassique en France. En créant un nouveau concours, il souhaite favoriser l’émergence de nouvelles écritures basées sur le vocabulaire classique. Des écritures porteuses de sens.

D’où vient cette idée de concours chorégraphique ?

Thierry Malandain : Parallèlement aux rencontres au sein de l’Association des Centres Chorégraphiques Nationaux autour de la problématique des ballets, avec de grandes disparités selon les compagnies, nous avons initié avec le Capitole de Toulouse et l’Opéra de Bordeaux un pôle chorégraphique du Grand Sud-Ouest réunissant les trois ballets. Nous avons entamé une réflexion, estimant qu’il n’y avait pas vraiment de relais dans le vocabulaire classique aujourd’hui. L’idée du concours en est le prolongement, dans l’idée de promouvoir ce vocabulaire. Malheureusement, mon point de vue, c’est que d’une part le niveau des danseurs baisse considérablement, et que le problème demeure au niveau de la création. Un art ne peut survivre que grâce à la création et à l’enseignement. Mais on peut aussi essayer de donner une chance à des jeunes de s’en sortir. On a eu trente-deux candidatures, sachant que beaucoup se sont trompés car il s’agissait pour la plupart de chorégraphes contemporains, alors que ce n’était pas notre demande. La première règle était de faire appel au vocabulaire classique, sur pointes ou non, en favorisant une émergence. Des chorégraphes dans ce style, il y en a un grand nombre à l’étranger, ce n’est pas le souci. Mais chez nous, que va-t-il se passer ? On a sélectionné six candidats, quatre étrangers et deux français.

« Un art ne peut survivre que grâce à la création et à l’enseignement. »

N’y a-t-il pas une articulation difficile à faire entre le métier de danseur et le métier de chorégraphe ?

T. M. : Oui, tout à fait. La première difficulté va être aujourd’hui pour un chorégraphe d’écriture académique de fonder sa compagnie. La deuxième sera ensuite de trouver des danseurs. Sans oublier la difficulté par rapport à la diffusion et aux subventions… S’il n’est pas un génie immédiat – ce qui est rare -, il va s’épuiser tout de suite. Je le vois, trente ans après : j’ai eu la chance d’être entouré, mais si j’avais été seul, je serais mort. Il faut être très entouré, surtout pour un jeune chorégraphe qui choisit la danse classique.

Combien de temps, ou de créations, faut-il à un artiste pour arriver à trouver son écriture ?

T. M. : Je dirais toute la vie, et c’est pire quand on vieillit ! Au départ, il faut se dégager des influences que l’on a. Si vous souhaitez rompre, et tuer père et mère, alors là c’est facile… Mais si vous êtes empreints de fidélité et que vous cherchez simplement à avancer, c’est plus compliqué de trouver son identité, et ça prend du temps. Le problème de la chorégraphie aujourd’hui, c’est qu’il y a beaucoup de faiseurs, des faiseurs de pas, même en classique. Ce qui est important – et je dois dire qu’on n’en a pas trouvées beaucoup -, c’est ceux des démarches qui sont porteuses de sens. C’est ce que j’attends de ce concours : d’abord, trouver des personnalités ; et l’enjeu est ensuite pour les créateurs de trouver  ce qu’ils veulent dire avec ce vocabulaire classique.

Propos recueillis par Nathalie Yokel

 

Les six finalistes sont :

– Ricardo Amarante (Espagne) danseur au Ballet royal de Flandre

– Yvon Demol (France) danseur au Ballet de l’Opéra national de Paris

– Martin Harriague (France) danseur au Kibbutz Contemporary Dance Company

– Olaf Kollmannsperger (Espagne) danseur au Staats Ballett Berlin

– Vitali Safronkine  (Russie) ex-danseur au Béjart Ballet Lausanne

– Xenia Wiest (Russie) danseuse au Staats Ballett Berlin

Finale le 24 avril 2016 au CCN, Gare du Midi, 23 avenue Foch, 64200 Biarritz.
Tél. : 05 59 24 75 40.

A propos de l'événement



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